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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/923

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salon lycien, ce sont ces curieuses figures assises qui ont été rapportées par M. Newton du chemin sacré conduisant au temple d’Apollon Didyme, près Milet ; elles paraissent avoir été consacrées vers le milieu du VIe siècle avant notre ère : elles comptent ainsi parmi les plus anciens monumens de la sculpture grecque. Que serait-ce si nous montions au premier étage, si nous visitions le cabinet des bijoux, les deux cabinets des vases, le cabinet des bronzes et le cabinet des médailles ? Dans beaucoup des menus objets que contiennent ces galeries, le style a autant de pureté, autant même de grandeur que dans ces statues qui dépassent parfois les proportions de la figure humaine. Il est tel vase de Vulci et tel lekythos athénien, telle médaille de Syracuse, telle applique ou telle statuette de bronze qui sont dans leur genre des chefs-d’œuvre aussi parfaits que les marbres du Parthénon. Sans doute, ces célèbres sculpteurs du Ve siècle, dont quelques ouvrages nous sont parvenus, ont été, avec les grands peintres leurs contemporains, avec les Polygnote et les Zeuxis, les instituteurs, les maîtres de l’art grec ; mais jamais, chez aucun peuple, l’éducation du goût n’est devenue aussi générale et n’est descendue aussi bas dans ce que nous appellerions la classe ouvrière, jamais le sentiment du beau et la science acquise de la forme vivante n’ont pénétré aussi profondément l’esprit et n’ont aussi sûrement dirigé la main de milliers d’hommes employés à d’humbles travaux anonymes, jamais l’artisan et l’artiste n’ont été plus près de se confondre. Voyez dans la chambre des bijoux ces colliers, ces pendans d’oreilles, ces bagues recueillies dans la Grande-Grèce et dans les îles de l’Archipel, merveilles de l’orfèvrerie grecque auxquelles on ne peut comparer que les beaux diadèmes entrés au Louvre avec la collection Campana, voyez les bronzes du Siris, les terres cuites de Tanagre, les séries sans rivales des lekythi athéniens et des vases noirs relevés d’or récemment trouvés à Capoue, et vous serez comme ébloui de cette étonnante diffusion du génie plastique, de cette prodigieuse variété de formes et de combinaisons où s’est jouée en mille manières l’imagination inventive des joailliers, des modeleurs, des ciseleurs grecs, de cette foule d’artistes oubliés. Il faudrait d’ailleurs des volumes pour décrire ce qu’un mois ne suffit point pour étudier ; il y faudrait le secours de la gravure et de la photographie.

Sans nous perdre dans ce détail, nous aurons réussi dans notre tâche, si l’on a compris, en parcourant avec nous les galeries du rez-de-chaussée, ce qui fait l’originalité du Musée-Britannique et l’intérêt qu’il offre à l’archéologue. Il a ses lacunes que nous n’avons pas toutes signalées ; mais il l’emporte par un côté sur les plus riches musées de l’Italie et sur le Louvre même : il possède un plus