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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/915

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le front bas encadré de grands cheveux, la saillie de l’arcade sourcillère, l’œil enfoncé, le nez long et droit, la bouche à demi cachée par une forte moustache qui va rejoindre une barbe frisée et coupée très court. L’ensemble a plus de puissance que de charme ; il y a de la dureté dans la distinction de cette physionomie. Nous aimerions à connaître le visage de cette reine, la sœur et la femme de Mausole, dont la fastueuse douleur est devenue proverbiale ; mais la tête de la statue, où l’on a cru devoir chercher Artémise, a tellement souffert que les traits ont tout à fait disparu, il ne reste à admirer que le beau mouvement de la draperie. De ce groupe terminal, on a encore retrouvé la partie antérieure de l’un des chevaux du quadrige. Quant à la frise des Amazones, le musée en possède dix-sept plaques, qui y sont arrivées par les chemins les plus divers. Les unes, que les chevaliers de Rhodes avaient encastrées, comme ornemens, dans les murs du château de Boudroum, ont été données par le sultan, en 1846, à lord Stratford de Redclifle ; les autres ont été retrouvées en 1857 dans les fouilles ; une dernière avait été, depuis plusieurs siècles, s’égarer à Gênes, et y a été achetée en 1865 au marquis Serra. Les figures, d’un très haut relief, en sont pour la plupart bien conservées. Des deux autres frises, représentant un combat de Grecs et de Centaures et une course de chars, on n’a que des débris moins nombreux et surtout beaucoup plus frustes.

L’impression par laquelle on débute en face du mausolée, c’est l’admiration. Cette sculpture a grand air, une vie intense éclate dans toutes ces figures ; la surveillance des maîtres et l’habileté patiente de leurs interprètes ne semblent guère s’être relâchées dans l’exécution, malgré l’étendue de l’œuvre. Après avoir bien regardé, on passe dans les salles voisines où se trouvent les marbres de l’acropole d’Athènes (Elgin room) et ceux dits de Phigalie (Hellenic room). Les uns comme les autres appartiennent à l’art attique du Ve siècle ; en effet, le temple d’Apollon Épikourios, en Arcadie, à Bassæ près Phigalie, a été construit par Iktinos, l’architecte même du Parthénon ; or Iktinos a dû demander le dessin de la frise à un de ces grands artistes d’Athènes qui avaient, comme lui, prêté leur concours aux entreprises de Périclès et de Phidias. On revient ensuite au mausolée, et, par comparaison, on l’admire moins, on fait tout au moins ses réserves. Ce qui résiste le mieux à ce rapprochement, c’est la statue de Mausole. Le parti pris par le sculpteur est très différent de celui que préférait le grand goût du siècle précédent ; le temps approche où l’école de Lysippe recherchera non plus la vérité idéale, la suprême noblesse des types généraux, mais la vérité individuelle, avec tous ses accidens et au besoin avec toutes ses laideurs. C’est là d’ailleurs une phase nécessaire de l’histoire