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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/909

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aujourd’hui d’autant plus opportune que nos architectes semblent vouloir remettre en honneur les traditions et les procédés de la mosaïque.

Le Salon lycien, où l’on entre au sortir des galeries gréco-romaines, a été presque entièrement meublé par sir Charles Fellows. On peut dire de Fellows qu’en 1838 il a découvert la Lycie, comme vers le même temps Botta s’illustrait par la découverte de l’Assyrie. Sans doute la Lycie, que baigne la Méditerranée, était moins éloignée de l’Occident, bien plus à portée du regard et de la main. Les restes de plusieurs de ses villes se dressent encore au bord même de la mer, sur de pittoresques rivages en vue desquels passent chaque année des centaines de navires ; les ruines de ses édifices et de ses tombes, au lieu d’être enfouies, comme celles des palais de Sennachérib et de Sargon, sous d’énormes amas de terre, couronnent encore de leurs murailles et de leurs colonnades les sommets des blanches acropoles ou dessinent, sur les hauts escarpemens des rocs volcaniques et sur l’éblouissante verdure qui en remplit tous les creux, les formes variées et bizarres de leurs façades ouvragées et de leurs combles arrondis ou aigus. Pourtant, jusque vers 1840, la Lycie était aussi inconnue que le centre de l’Asie ; notre compatriote, M. Charles Texier, l’avait traversée en 1835 et 1836, mais il n’avait encore presque rien publié. Le premier, Fellows a révélé la civilisation de ce vaillant peuple des Termilai, que les Grecs appelaient Lyciens, leur art tout asiatique à l’origine, qui se transforma sous le tout-puissant ascendant du génie grec sans jamais perdre tout à fait son originalité, leur langue, qui s’écrit avec un alphabet très voisin de celui du grec archaïque, et qui cependant a résisté jusqu’ici à toutes les tentatives d’interprétation. Après avoir découvert les débris et retrouvé les noms de ces populeuses cités, Telmessos, Tlos, Pinara, Xanthos, Antiphellos, Patara, etc., Fellows, grâce aux allocations du musée et au concours de la marine royale, put conduire jusqu’à la mer quelques-uns des plus importans monumens de Xanthos, la plus riche et la plus curieuse des villes lyciennes ; son expédition de 1846, où il acheva l’enlèvement de ces trésors, était la quatrième qu’il dirigeait, au mépris de sa santé fatiguée par de longs séjours sur une côte malsaine.

Quand on commence à étudier les monumens qui remplissent cette salle, on éprouve d’abord une sorte de déception. Ce peuple n’était point grec ; il avait sa langue nationale, il avait ses mœurs et ses usages propres, dont les anciens nous signalent la singularité, il était passionnément attaché à son indépendance, comme il le prouva lors de la conquête perse et plus tard, lors de la conquête romaine, par de tragiques exemples de résistance obstinée et de patriotique désespoir. Cependant tout ou presque tout ce qui frappe