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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/906

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manquent de clarté, il doit être impossible l’hiver d’y rien distinguer.

C’est par un long couloir qui porte le titre de galerie romaine que l’on entre dans le musée de sculpture. Cette partie de la collection paraît pauvre en comparaison de ces belles salles que remplissent au Louvre les images de tant de Romains célèbres. Ici peu de statues et quelques bustes, tout cela assez médiocre. Le seul morceau qui fasse une vive impression, c’est une tête de marbre, plus grande que nature, qui provient du forum de Trajan à Rome. On y a reconnu, non sans vraisemblance, un de ces chefs barbares dont l’art romain a vers cette époque aimé à reproduire le costume et les traits ; cette représentation avait le double mérite de flatter l’amour-propre national et de fournir au sculpteur un motif nouveau, un type de physionomie et des arrangemens de draperie qui sortaient des conventions banales. Ce fragment a une grande tournure ; les cheveux, réunis en masses épaisses des deux côtés de la figure et sur le front, qu’ils couvrent presque tout entier, dessinent ainsi des ombres qui donnent à l’ensemble quelque chose d’étrange et de farouche. C’est un des chefs-d’œuvre de l’école à laquelle nous devons la colonne Trajane. Cette salle contient aussi divers débris de la civilisation romaine qui sont sortis du sol même de l’Angleterre, des sarcophages dont un de Londres, des mosaïques trouvées dans une villa romaine des environs de Glocester. Tous ces monumens sont d’une facture lourde et grossière. Rien ici qui puisse rivaliser avec l’élégance et la finesse des produits de l’art gallo-romain. Le vent qui, de l’Italie et de la Grèce, soufflait sur le monde ancien n’est arrivé dans ces régions lointaines, par-delà les mers, que déjà bien affaibli, moins pur et moins vivifiant. Sans doute, pas plus qu’aucune des contrées jadis comprises dans l’empire des césars, la Grande-Bretagne n’a pu échapper tout à fait à l’influence latine ; mais ici cette culture s’est arrêtée à la surface, elle n’a point pénétré, comme en Gaule, jusqu’aux dernières profondeurs.

A cette galerie font suite les trois salles dites gréco-romaines. Elles contiennent encore, mêlées à des originaux grecs trouvés à Cyrène et sur quelques autres points de l’Orient, un grand nombre de ces copies et répétitions italiennes qui datent du siècle d’Auguste et de celui des Antonins. La merveille de cette partie de la collection, c’est la tête en marbre de Paros connue sous le titre d’Apollon Pourtalès. Est-ce le débris d’une statue taillée par le ciseau même d’un maître, ou bien, comme on a cru le reconnaître à certains détails d’exécution, la copie très soignée d’un original en bronze ? Il est difficile de se prononcer ; c’est en tout cas l’une des œuvres les plus étranges, les plus frappantes que nous ait laissées