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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/889

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l’instigation de Polonais qui les avaient aidés à emmener leurs troupeaux, leur mobilier, y compris les portes et les fenêtres de leurs maisons, il en conçut une violente colère contre la Pologne entière, et il envoya l’ordre de ne plus admettre parmi les colons un seul Polonais « sous peine de mort. » Du reste, il ne jugeait pas bon que l’on accueillît, au voisinage de la Pologne, dans un pays qui n’était pas germanisé, des colons qui ne parlassent pas le « bon allemand ! » Il se défie beaucoup aussi des Juifs, qui ne savent pas demeurer en place et qui sèment les mauvais conseils ; il lance des édits contre « ces vagabonds et autres mauvaises gens, » qu’il accuse de provoquer la désertion des paysans. « Si quelqu’un, dit-il, met la main sur un de ces Juifs, qu’on lui compte tout de suite une grosse récompense. »

Frédéric-Guillaume savait que le meilleur moyen de retenir les colons était d’observer scrupuleusement les promesses qu’on leur avait faites pour les attirer. Malheur à qui se rendait coupable de quelque injustice envers les hôtes de la monarchie prussienne ! Un conseiller de guerre qui avait commis une exaction au détriment de réfugiés fut à peine découvert qu’il fut pendu. Pour que la sollicitude royale eût son plein effet, le roi institua une commission spéciale de colonisation, et il publia sous forme de patentes une sorte de code des droits et des devoirs du colon. Tout y était réglé pour toutes les catégories d’immigrans ; il leur y distribuait d’une main généreuse les libertés et les privilèges. Pour eux, cet avare devenait prodigue. En un temps où les recettes de l’état ne montaient qu’à 7,400,000 thalers, il en dépensa 1 million par an, pendant six ans, dans la seule Lithuanie. Les intérêts intellectuels et moraux de ses nouveaux sujets ne le préoccupaient pas moins que leurs intérêts matériels. Il respecta leur liberté de conscience, étant, comme ses prédécesseurs, très tolérant, car il célébra aussi pieusement le centenaire de Luther que celui de la conversion au calvinisme de Jean-Sigismond, et quand il établit à Spandau et à Potsdam des fabriques d’armes, il donna des aumôniers catholiques à des ouvriers de Liège, qu’il fit venir, car il estimait qu’on peut être fort bon papiste et fabriquer d’-excellens fusils. Seuls, le rationaliste et l’athée ne trouvaient pas grâce devant ses yeux : il les mettait en prison ; mais il n’entendait pas protéger la foi par l’ignorance. Il multiplia les écoles dans les provinces où il appela le plus de colons, « Je serais bien avancé, disait-il, si, après avoir mis le pays en culture, je n’y avais pas fait de bons chrétiens. » Malgré des difficultés de toute sorte, il fonda en Lithuanie et dans la Prusse orientale 1,480 écoles. Toute cette peine eut sa récompense. En 1725, 9,539 habitans nouveaux avaient été appelés en Prusse ; plusieurs villes et 460 villages avaient été fondés. Ce n’était qu’un