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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/846

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arrêté court dans cette voie, ce dont on ne saurait trop le féliciter, et, pour mieux marquer sa conversion, il s’est essayé à la peinture des mœurs champêtres, laissant de côté tout l’attirail des passions ténébreuses et des événemens improbables. Rien de plus simple, rien de plus frais que le volume intitulé Under the greenwood tree (Sous la verte feuillée), en mémoire sans doute des jolis couplets que chante dans Comme il vous plaira l’Amiens de Shakspeare. L’auteur annonçait un petit tableau dans le genre de l’école hollandaise, et il a tenu sa promesse. Il a d’un fil léger relié entre elles quelques scènes de la vie rurale dans la partie de l’Angleterre où le cidre est en honneur, et dans un cadre restreint il a su faire apparaître toute la petite société qui s’agite autour d’un clocher de village.

Le sujet par un côté rappelle un peu le Lutrin de Boileau, car il s’agit d’un chœur traditionnel que le vicaire, nouveau-venu, prétend remplacer par un harmonium au grand désespoir des choristes de la paroisse, qui tiennent à garder dans le culte divin le rôle considérable qu’ils ont rempli pendant tant d’années. Il y a là sur l’importance des instrumens de musique, au point de vue purement religieux, de graves discussions prolongées avec cette ténacité dont le paysan a seul le secret. L’un déclare qu’il n’y a rien de pis que le serpent, l’autre jure que jamais les clarinettes ne furent faites pour le service de la Providence ; celui-ci ne voit pas bien en quoi le violon est plus céleste que la clarinette, celui-là tient mordicus pour les cordes ; mais tous s’entendent sur un point, c’est qu’une église où s’introduit un orgue est une église perdue. Aussi convient-on d’aller trouver le vicaire pour lui demander au moins un sursis. Puisqu’il faut mourir et céder la place aux inventions modernes, que cela se fasse virilement, par un beau jour de Noël, et avec un bout de fioritures à la fin, et non par un de ces dimanches insignifians qui n’ont pas même de titre en propre sur le calendrier. La requête est d’autant plus facile à accorder qu’au fond le vicaire tient moins à l’orgue qu’à l’organiste, miss Fancy Day, dont la grâce et le joli visage ont jeté le trouble dans plus d’un cœur. Miss Fancy est la fille du garde-chasse de la forêt voisine et l’institutrice du village. Elle se flatte de faire passer par le trou d’une aiguille tous les vicaires du monde, pourvu qu’ils n’aient pas quarante ans, et, en ce qui concerne le révérend Maybold, ce n’est pas une vanterie, car elle commence par l’employer à planter des clous dans sa chambre pour y pendre les cages de ses serins, et finit par refuser, un peu à regret, la main du trop sensible ecclésiastique. Ce n’est là d’ailleurs que le prétexte de l’idylle, dont la valeur est surtout dans les figures rustiques que l’auteur y a jetées pêle-mêle, et qu’il a marquées au passage d’un trait vigoureux. En les