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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/774

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C’est par ces communications de tous les jours qu’une sorte de niveau s’établit sur toute la France. On arrive vite à imiter ce qu’on tient tant à connaître : Paris donna le ton à toutes les autres villes, il devint le modèle sur lequel elles voulaient se régler. On peut dire que, longtemps avant le décret de l’assemblée nationale qui supprima les provinces, elles n’existaient plus guère, et que leur caractère propre s’était presque entièrement effacé. C’est donc une grande erreur de croire qu’un écrivain pouvait mieux protéger son originalité en y séjournant ; il serait aisé de prouver au contraire que l’originalité y courait beaucoup plus de risques qu’ailleurs. Une grande ville, quel qu’en soit l’esprit, laisse toujours à un écrivain une certaine liberté par sa grandeur même. Les influences y sont moins gênantes, les préjugés moins étroits ; il y échappe plus facilement à une surveillance qui ailleurs peut l’embarrasser. S’il se met en révolte contre l’opinion commune, il a plus de chance, dans cette variété infinie d’intelligences, d’en trouver quelqu’une qui le suive et l’encourage. Au contraire il est rare qu’une petite ville ne soit pas mortelle à l’indépendance de l’esprit. Il ne faut guère compter s’y faire une retraite que l’œil du