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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/704

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répondre qu’il n’était jamais trop tard pour la modération, que la raison qui avait inspiré la constitution du 25 février restait toujours la raison qui devait rapprocher les partis libéraux pour la défendre en commun. C’était vrai sans doute à un point de vue général, au point de vue politique ; seulement ces considérations ne pouvaient plus avoir aucune influence sur un résultat désormais assuré. Le scrutin d’arrondissement est resté définitivement victorieux.

La question est donc tranchée. C’est par le scrutin uninominal que se feront les élections, dont la date va être fixée ces jours prochains. C’est le système le plus vrai, le plus sincère, et cette raison a décidé sans nul doute bien des esprits. Il ne faut pas croire cependant qu’on ait tout gagné. Si le scrutin de liste a ses inconvéniens, qui l’ont fait justement écarter, le scrutin d’arrondissement, lui aussi, a ses inconvéniens, contre lesquels il faut dès ce moment se tenir en garde. Évidemment on irait vers un autre danger, si les élections devenaient trop locales, si elles devaient remplir la chambre de petites importances d’arrondissement. On risquerait alors de n’avoir plus qu’une assemblée de notables, un corps législatif de l’empire sans l’empire, c’est-à-dire une petite machine sans le moteur ou le régulateur qui savait s’en servir et au besoin s’en passer. Il ne faut pas s’y tromper, ce serait là pour le scrutin d’arrondissement une manière de tomber du côté où il penche. Des assemblées ainsi composées n’auraient peut-être pas l’autorité et le prestige nécessaires pour tenir tête à toutes les crises qui peuvent se produire, pour prêter au gouvernement la force dont il a besoin dans les difficiles conditions créées à la France en Europe. Le ministère ne peut sans doute intervenir directement ; il n’a, que nous sachions, ni l’intention ni le pouvoir de revenir à des candidatures plus ou moins officielles. C’est surtout aux hommes sensés, réfléchis, qui vivent dans tous les arrondissemens français de bien comprendre qu’en tenant compte dans une juste mesure des considérations locales, ils ne doivent pas cependant se laisser enchaîner par ces petites préoccupations, qu’ils doivent au contraire ne rien négliger pour créer des assemblées sérieuses, intelligentes, capables de porter sans fléchir le fardeau des affaires de la France. Voilà le nouveau problème qui s’élève, aujourd’hui, qui domine même les questions de parti, et dont la solution dépend des élections prochaines.

La saison parlementaire recommence un peu partout avec l’hiver. Elle a recommencé à Rome et à Vienne ; elle a recommencé aussi à Berlin, où M. de Bismarck a reparu pour venir en aide au ministre des finances, M. Camphausen, réduit à demander à l’Allemagne le prix de sa grandeur par de nouveaux impôts, et le tout-puissant chancelier n’a pas laissé d’abord de se plaindre de ses souffrances, de l’injustice de ceux qui lui reprochent de rester trop longtemps à Varzin. D’ici à peu enfin, le parlement anglais va sans doute être réuni.