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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/701

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loi ne reste en chemin, que tout ne finisse par un vote qui laissera les choses telles qu’elles sont. Le gouvernement n’aura pas peut-être sa loi sur la presse, la commission est fort exposée à n’avoir pas la levée de l’état de siège, et en définitive il n’y aura rien de fait.

Qu’en sera-t-il aussi de cette nomination de sénateurs, qui doit être le dernier acte de l’assemblée ? Ici il faut bien de toute nécessité arriver à un résultat. L’enfantement ne laisse pas toutefois d’être des plus laborieux, et ce serait même vraiment assez comique, si dans toutes ces combinaisons, dans tous ces jeux de stratégie auxquels on se livre, il ne s’agissait de la future représentation du pays. La difficulté est de faire entrer dans une liste tous ceux qui voudraient y être et de concilier des partis divisés par de violentes incompatibilités d’humeur. La diplomatie des plus habiles n’a pu réussir jusqu’à présent à trouver le moyen de contenter tout le monde, pas plus qu’à découvrir la proportion exacte des choix qui pourraient être attribués aux diverses fractions de l’assemblée. La droite peut-elle admettre la gauche, et ira-t-elle jusqu’à ne pas repousser entièrement l’union républicaine ? La gauche de son côté admettra-t-elle la droite, et à quelle nuance de la droite s’arrêtera-t-elle ? Fera-t-on une place aux partisans de l’appel au peuple et aux légitimistes extrêmes sans lesquels il sera malaisé d’avoir une majorité ? C’est à qui passera la revue des noms et des prétentions. Les groupes se comptent, se démènent et font leurs conditions ou imposent des exclusions. Au milieu de la mêlée, le groupe Lavergne s’agite, allant tout affairé du centre droit au centre gauche, donnant raison à l’un sans donner tort à l’autre, brouillant ou renouant les fils de ses négociations ; puis chaque matin on s’aperçoit que c’est un travail à recommencer. On se dit assez mélancoliquement que tout est incertain, qu’on arrivera peut-être avec bien des efforts jusqu’au cinquantième nom, mais qu’au-delà le hasard sera pour tout le monde ; le scrutin ne sera plus que la loterie aux inamovibles, et c’est ainsi que se prépare l’élection des sénateurs dans une assemblée qui a eu le malheur de ne jamais savoir ou de ne jamais pouvoir ce qu’elle voulait, qui, après avoir vécu dans toutes les contradictions, a tenu à laisser jusque dans les chambres futures le témoignage posthume de ses divisions intimes. Heureusement l’assemblée ne se borne pas à ces distractions, et, en épluchant des sénateurs, elle finit non sans peine, non sans bien des discussions traînantes, par voter la loi électorale, dont la troisième lecture s’achève en ce moment, qui reste après tout la chose essentielle aujourd’hui, puisqu’elle est le prélude de la dissolution, le moyen d’arriver à la grande consultation populaire, devenue inévitable.

On ne peut pas dire que cette troisième lecture de la loi électorale, qui a rempli pourtant plus d’une semaine, ait été une discussion nouvelle de nature à changer sensiblement les conditions essentielles créées par la seconde lecture. Il est évident que les points principaux étaient