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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/700

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.



30 novembre 1875.

L’assemblée est décidément en train de songer à ses dernières dispositions. Tant qu’elle n’a vu que de loin cette inévitable fin dont elle restait toujours libre de fixer ou de retarder l’heure, elle s’est défendue des découragemens et des défaillances, elle a gardé la fermeté d’un pouvoir qui se sent nécessaire. Maintenant que ses momens sont comptés, elle ne voit pas sans un certain malaise ou sans une certaine mélancolie cette date fatale qui semble encore la troubler quand on la lui montre trop brusquement, qu’elle est bien néanmoins obligée de subir. Elle achève de vivre au milieu de la fatigue, des impatiences et des préoccupations qui l’envahissent, qui se font sentir dans tout ce qu’elle fait. L’assemblée, il est vrai, s’est tracé un ordre du jour qui ne laisserait pas de remplir quelques semaines, si elle persistait à discuter et à voter tout ce qu’elle a devant elle, la loi sur la presse, la loi sur l’administration de l’armée, les conventions relatives à la réforme judiciaire en Égypte, les concessions de chemins de fer ; mais peut-elle se promettre d’épuiser cet ordre du jour dans les conditions extrêmes où elle se trouve ? Ce sera déjà beaucoup si après la loi électorale elle parvient à compléter son testament par le vote de la loi sur la presse et par la nomination des 75 sénateurs inamovibles qu’elle s’est réservé le droit de léguer à la future haute chambre. La vérité est qu’obstinée à mourir comme elle a vécu, elle porte jusque dans ses derniers travaux l’esprit de parti, d’incohérence et de division qui a trop souvent fait son impuissance.

Qu’en sera-t-il de cette loi sur la presse que le gouvernement a proposée, que la commission s’occupe à remanier et à transformer ? Évidemment on est dans une confusion complète, on ne s’entend pas même sur les mots ; à force de subtilité et d’interprétations, on en vient à remettre en question l’organisation constitutionnelle, sous prétexte de batailler sur le principe du gouvernement. Ce que le ministère veut, la commission ne le veut pas, et il n’est point impossible que la