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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/698

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conserver la signature de la grande maison avec laquelle il était en relations d’affaires, et en toute compagnie il disait du bien de lui.

D’autre part, il était convaincu que la France républicaine ne faisait courir aucun danger aux monarchies de l’Europe, car pour lui qui disait république disait anarchie. Une république provisoire, mal assise et contestée lui semblait, entre tous les régimes que pût adopter la France, celui qui convenait le mieux aux intérêts allemands, d’abord parce qu’il le jugeait incapable de contracter des alliances sérieuses, ensuite parce qu’il lui savait gré de laisser la porte ouverte à la solution qu’il préférait, c’est-à-dire à une restauration bonapartiste. Il s’en est expliqué plus d’une fois. Dans sa dépêche du 12 mai 1872, il déclarait que « le parti bonapartiste était celui avec l’aide duquel on pourrait se flatter le plus raisonnablement d’établir des rapports tolérables entre l’Allemagne et la France, » à savoir de mettre la France dans la complète dépendance de l’Allemagne, et nous lisons dans la brochure Pro nihilo qu’au cours de l’entretien qu’il eut au mois de septembre 1873 avec le comte Ami M. il se plaignit, « avec quelque mélancolie, que l’empire eût perdu toutes ses chances. » Le comte Arnim au contraire pensait que la consolidation de la république en France pouvait devenir un danger pour les trônes, et il avait réussi, semble-t-il, à communiquer ses inquiétudes à l’empereur Guillaume. « M. de Bismarck, nous dit l’auteur de la brochure, condamnait ces inquiétudes comme peu politiques ; il était heureux de ne les pas ressentir. On lui donnerait raison, s’il pouvait nous garantir qu’il n’y aura pas un jour en Allemagne un gouvernement faible et impopulaire à côté d’une république française florissante, respectée chez elle comme au dehors. C’est une éventualité qu’on se représente facilement et qui devient plus vraisemblable d’année en année, à mesure que la France se déshabitue davantage des traditions monarchiques. »

On ne peut trop s’étonner de l’usage vraiment étrange, pour ne rien dire de plus, que, sous l’impulsion de l’esprit de parti, certains journaux français ont prétendu faire des dissentimens de M. de Bismarck et du comte Arnim au sujet de la conspiration parlementaire du 24 mai. Les opinions de ces deux hommes d’état, occupés de se nuire l’un à l’autre, étaient-elles assez désintéressées pour être absolument sincères, et ne voit-on pas que chacun d’eux était en quête d’argumens ad hominem ?

L’un soutient son oracle, et l’autre sa statue ;
Chacun veut tout tirer à soi.


N’est-il pas permis de croire avec M. le baron de Holstein que, lorsque le comte Arnim se montrait favorable à une restauration monarchique, « cette politique devait avoir pour résultat de soulever la question qui