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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/685

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son génie, à la grande unité nationale, Massillon et Vauvenargues, Mirabeau et le bailli de Suffren, et M. Thiers, et M. Mignet. Si des sentimens peu français, à ce qu’on assure, ont été exprimés çà et là dans les congrès du félibrige, s’il est vrai qu’en 1870 je ne sais quelles idées de séparation aient germé comme des plantes vénéneuses en quelques têtes malsaines, enfin, plus près de nous encore, si » aux fêtés du centenaire de Pétrarque, en 1874, le nom de la France, dit-on, n’a pas retenti une seule fois, ce n’est pas M. Frédéric Mistral qui peut redouter à ce sujet les reproches de sa conscience.

J’en ai pour sûr garant le Psaume de la pénitence, une des plus belles pièces du recueil, adressée à la mémoire d’un de ses amis, M. Jules Foureau, botaniste lyonnais, tué au combat de Nuits à l’âge de vingt-six ans. Seigneur, dit le poète, tu nous frappes d’épouvantables coups ; par le fer des barbares tu nous haches comme les épis, tu nous tords comme l’osier ; par la guerre et la discorde, tu brises notre orgueil et nous forces à confesser nos fautes. Puis après le tableau de nos désastres, commence la litanie des confessions : Seigneur ! nous avons mal agi, nous avons rejeté nos vieilles mœurs, nous avons répudié nos traditions, nous avons renié notre Dieu, nous avons foulé aux pieds le respect. Enfin, la confession terminée, éclate la clameur suppliante :


« Seigneur, au nom de tant de braves qui sont partis sans défaillir, et valeureux, dociles et graves, sont tombés dans les combats ;

« Seigneur, au nom de tant de mères qui pour leurs fils vont prier Dieu, et qui, ni l’an prochain, hélas ! ni l’autre année, ne les reverront ;

« Seigneur, au nom de tant de femmes qui ont au sein un petit enfant, et qui, pauvrettes ! de leurs larmes mouillent la terre et le drap de leurs lits ;

« Seigneur, au nom des pauvres gens, au nom des forts, au nom des morts, qui auront péri pour la patrie, pour leur devoir et pour leur foi !

« Seigneur, pour tant de revers, pour tant de pleurs et de douleurs, pour tant de villes ravagées, pour tant de sang vaillant et sain !

« Seigneur, pour tant d’adversités, de massacres, d’incendies, pour tant de deuil sur notre France, pour tant d’outrages sur notre front ;

« Seigneur, désarme ta justice ! Jette un regard ici-bas, écoute les cris des mourans et des blessés ! »


Malheureusement nous sommes obligés de nous arrêter, les dernières strophes gâteraient ce patriotique élan. Pourquoi M. Mistral,