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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/666

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LES DESTINEES
DE LA
NOUVELLE POESIE PROVENCALE

Lis Iselo d’or, par M. Frédéric Mistral, 1 vol. in-8° ; Avignon.

Avez-vous voyagé sur les côtes de Provence ? Vous êtes-vous promené le long de ce beau rivage où l’air est si doux, la mer si bleue, la terre si riche, la batellerie des petits ports si vive et si alerte ? De Marseille à Toulon, du côté de Cassis et de La Ciotat, vers le golfe de Leques ou le cap de la Gide, plus loin encore, après la Seyne, après Toulon, après Hyères, avez-vous admiré ce merveilleux ensemble de lignes et de couleurs, de vie active et de rêveuse indolence ? Si vous avez parcouru ces bords, parmi tant de merveilles réunies à souhait pour le plaisir des yeux, vous avez remarqué un phénomène particulièrement poétique. Vers le soir, à l’heure où le soleil s’incline à l’horizon, on voit apparaître au loin comme des îles d’or sur la mer légèrement assombrie. Ce sont les derniers rayons du soleil couchant qui vont frapper tous ces îlots, toutes ces pointes de roc, Pomègue, Le Maire, Jaros, éparpillés dans les eaux de Marseille, ou les îles d’Hyères au-delà de Toulon, ou là-bas, plus loin que Fréjus, en face de Cannes la souriante, le groupe illustre des îles de Lérins. Vraies îles d’or en effet, quand le soleil les illumine, paradis enchantés qui éblouissent le regard et font que l’imagination s’y crée un monde idéal. Seulement cette transfiguration ne dure point ; aux heures éclatantes succèdent les heures, noires, et