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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/650

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particulières ou édifices religieux. Là où ce gothique fleuri s’épanouit dans tout son luxe, et on peut dire dans toute son extravagance, c’est à l’église de Notre-Dame. Ce ne sont que festons, guirlandes et ornemens ; si ce n’est ni très beau ni même très joli, c’est au moins très paré et au demeurant d’aspect très gai. L’intérieur a de l’élégance et plus de simplicité que la façade ; je n’y ai rencontré rien de bien remarquable, si ce n’est un autel sculpté par M. Fabisch avec cette délicatesse et cette distinction qui lui sont propres, représentant les scènes principales de la vie de Jésus après la résurrection. Pendant que je visite cette église, un jeune habitant de Villefranche, qui a bien voulu me diriger dans ma promenade, me signale, en me montrant une porte latérale, une amusante locution populaire, née de la corruption du vieux mot huys. Cette porte, me dit-il, s’appelle le petit étui, en sorte qu’on dit : je reviendrai de la messe par le petit étui, j’irai à vêpres par le petit étui. Cette transformation est à placer à côté de celle qui de saint Théofred a tiré saint Chaffre, et de celle qui du nom vulgaire d’un vieil échevin de Paris a tiré le nom à tournure sentimentale de la rue Gît-le-Cœur.

Ma dernière excursion en Lyonnais a été consacrée au bourg d’Ars, rendu fameux par un de ses curés, M. Vianney, que le monde catholique actuel vénère déjà comme un candidat à la canonisation. Ars est donc un but de pèlerinage et voit affluer de tous les départemens voisins de nombreux visiteurs ; aussi, pour mettre cette localité à la hauteur de ses nouvelles destinées religieuses, on y a élevé un temple somptueux et bizarre qui à l’extérieur ressemble quelque peu à une mosquée, et dont à l’intérieur le chœur seulement est achevé. Le curé d’Ars a beaucoup édifié par la parole, et de ses dires recueillis de toutes parts on a composé un petit livre qui s’appelle l’Esprit du curé d’Ars, On y trouve des pensées excellentes sans grand relief, des sentimens fins enveloppés dans des images justes sans grande nouveauté, et une expression souvent exquise de la volupté du bien, mais, faut-il le dire ? il est évident que ces pensées et ces sentimens ne sont plus sur le froid papier ce qu’ils furent s’échappant de lèvres vivantes, et que, pour en bien juger, il faudrait leur redonner l’accent, le geste et l’onction du curé d’Ars. Cependant, si nous ne pouvons juger de son esprit en toute compétence, nous aurons la hardiesse de juger de ses vertus, et nous osons jurer qu’elles furent vraies et profondes, car nous avons visité la chambre où il habita et le lit où il reposa pendant la plus grande partie de son pèlerinage terrestre. C’est la chambre et le lit d’un paysan, et d’un paysan médiocrement favorisé de la fortune encore ; ce qui est sûr, c’est que le dernier, le plus humble et le moins exigeant des socialistes n’en voudrait pas. Le curé d’Ars passe pour avoir beaucoup converti autour de lui ; mais