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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/607

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Maspero qui ne contienne, soit grâce aux propres recherches de l’auteur, soit grâce aux découvertes qu’il met habilement en œuvre, quelque nouveauté : nous ne parlons pas seulement d’additions utiles aux nomenclatures des rois ; à côté de ces résultats scientifiques d’une incontestable valeur figurent d’excellentes pages, fortement écrites, où se résume l’ensemble des dernières informations. Pour mieux la faire connaître, interrogeons cette œuvre sur quelques points, sur ceux-là principalement que transformera désormais une autre lumière.

Nous n’avons pas à revenir sur le progrès merveilleux de l’égyptologie dans notre siècle : il a été décrit plusieurs fois dans cette Revue par les plumes les mieux autorisées. Rappelons seulement quelques principales dates à peu près toutes françaises. Pendant l’expédition d’Égypte, qui fit jaillir tant de lumières, M. Bouchard, l’ingénieur, trouve la fameuse pierre trilingue de Rosette, 1799 ; c’est le point de départ d’une étude désormais sérieuse des caractères hiéroglyphiques. Silvestre de Sacy, le Suédois Akerblad, l’Anglais Young, le Danois Zoéga, s’appliquent à déchiffrer le monument récemment acquis ; mais Champollion le jeune, comme par une révélation subite, en trouve le secret, qu’il expose à l’Académie des Inscriptions le 17 septembre 1822 dans sa célèbre lettre à M. Dacier. Silvestre de Sacy l’acclame, M. de Blacas lui fait obtenir une mission en Italie, puis en Égypte ; mais le cruel climat qui a déjà tué Belzoni va tuer encore Nestor Lhôte, Dujardin et Champollion lui-même, qui meurt à quarante-deux ans, au mois de mars 1832, en laissant à son pays, à la science, au XIXe siècle, une des plus brillantes et des plus fécondes découvertes. Les vingt volumes in-folio de dessins et de manuscrits qu’il laisse après sa mort témoignent de l’effrayant travail auquel il s’est livré, et transmettent son enseignement avec son exemple. Immédiatement après, l’ingénieux Italien Rosellini, MM. Wilkinson et Lepsius continuent avec mérite, il est vrai, les études égyptologiques, visitent la vallée du Nil, publient les monumens figurés ; mais l’héritier véritable du maître, après quelques années d’un inquiétant silence parmi nous, est le vicomte Emmanuel, de Rougé, qui, s’attachant aux analyses grammaticales, et fort d’une excellente discipline philologique, donne ses premiers développemens à la science que Champollion a fondée. Cependant à ces vigoureuses études il fallait fournir des alimens, c’est-à-dire des textes ; les efforts de la philologie eussent été arrêtés ou tout au moins ralentis. pendant une période critique, si Auguste Mariette n’avait bientôt, avec une invincible ardeur, avec un dévoûment extraordinaire, à travers des dangers et des anxiétés sans nombre, fait revivre merveilleusement l’Égypte souterraine. Depuis le 1er novembre 1850, jour où pour la première fois, avec vingt fellahs