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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/605

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moins très compétent, il s’était préparé à cette œuvre d’ensemble par une série déjà longue de publications toutes spéciales et par un enseignement où il avait renouvelé et continué les meilleures traditions de son maître, M. de Rougé. Or on s’aperçoit dès le premier coup d’œil qu’il n’a pas dans son livre un autre cadre que le vieil historien grec. Il paraît avoir pensé que l’état de nos connaissances ne permet pas encore d’écrire l’ancienne histoire de grands empires tels que l’Inde proprement dite et la Chine ; il aura estimé en outre que le cercle des relations et des idées politiques où ces peuples ont vécu a formé un monde à part, non absolument solidaire des civilisations dont notre Occident a subi l’influence. Le point de départ de son livre n’est pas le même que celui du récit d’Hérodote, car il n’a pas sans cesse en vue, comme lui, de rehausser la victoire hellénique ; mais la lutte qui vers le commencement du Ve siècle avant l’ère chrétienne a mis aux prises l’Occident et l’Orient s’impose également à l’écrivain du XIXe siècle comme terme final de toute une spéciale antiquité commune à un même groupe de grands peuples. Comme Hérodote, il parle uniquement de l’Égypte, de la Chaldée, des deux empires dont Ninive et Babylone ont été alternativement les capitales, des Phéniciens, de la Médie, de la Lydie, de la Perse, et, comme Hérodote, il s’arrête au commencement de la guerre médique. S’il n’omet pas ce qui concerne les Juifs, il refuse à cette histoire le caractère particulier que leurs livres sacrés réclament, et il confond en des séries purement chronologiques celles des informations de ces livres qu’il accepte comme historiques, sans s’expliquer assez sur le degré d’antiquité ou d’authenticité, sur tout le caractère des plus antiques données que ces livres renferment. Son plan unique est de présenter chronologiquement, période par période, les divers ensembles qu’offre l’histoire comparée des diverses civilisations, c’est-à-dire qu’au lieu de présenter une à une, pour toute l’étendue de la période qu’il embrasse, des histoires distinctes, toute celle de l’Égypte d’abord, puis celle des Babyloniens, puis celle des Perses, il institue des époques dans lesquelles figurent tous ces peuples en même temps ; il trace à travers l’histoire, si l’on peut parler ainsi, des lignes horizontales et non verticales. De là un peu moins de simplicité dans la suite de son exposition, mais aussi moins de dangers de répétition et plus de logique. C’est un tableau synoptique que l’auteur a voulu présenter, au risque de se créer quelques difficultés de plus dans un domaine où l’érudit, bien loin, ce semble, de pouvoir encore fixer une chronologie sévère, doit se résigner à beaucoup douter et beaucoup ignorer. Au reste, si l’économie de son volume semble avoir pu l’entraîner quelquefois à des divisions qui appellent la critique, ce n’est pas lui cependant qu’il est besoin de beaucoup