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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/601

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ans et pas mal de lainage très blanc, très net, sorte de fruits tardifs mûris au four ; la balle elle-même avait déjà son passeport signé fair ! Cette façon de traiter l’article, le marché et les cliens est déshonnête, inintelligente, et nuit à la communauté commerciale en général. Le commerce du coton est noble ; il exige de grandes connaissances pratiques et emploie d’énormes capitaux ; pourquoi le ravaler aux répréhensibles tripotages dont se rendent coupables certains marchands de vins, les revendeurs de lait et autres sophisticateurs devenus les fléaux de l’industrie et de la consommation ? Le mode d’égrenage à façon a encore le grave inconvénient de produire des semences tellement mélangées qu’il devient impossible de les choisir pour la reproduction. La circulaire du vice-roi à ce sujet ne parera à aucun des mauvais résultats dénoncés ; il faudra recourir à un autre moyen. Aux États-Unis, chaque plantation a son usine d’égrenage où plusieurs appareils plus petits sont mus à la main. L’agriculteur y a donc le contrôle des qualités et des semences, et jamais il n’est exposé, jamais il n’expose personne à semer des graines impropres à la reproduction.

Il ressort de cette étude : 1° que, si le coton mako n’a pas dégénéré, les moyens de culture actuels ne sont plus en rapport avec une production annuelle de 1,800,000 quintaux, 2° que le sol, sur tous les points éloignés des grandes artères d’irrigation, commence. à s’appauvrir, faute de limon fertilisant et d’engrais, 3° que les reproches fondés adressés au coton d’Égypte reposent sur l’inégalité croissante des qualités, laquelle provient non-seulement du relâchement de la culture, expliqué par la position économique faite aux fellahs, mais encore de pratiques commerciales auxquelles il est urgent de mettre un terme. Il est donc permis de dire que toutes les causes indiquées rentrent non-seulement dans la compétence du khédive, mais qu’il dépend de lui seul de les faire disparaître. Les pratiques et les manipulations du commerce n’auront plus leur raison d’être lorsque la culture du coton, convenablement améliorée, offrira une homogénéité d’ensemble d’où les trois classemens indigènes, les seuls rationnels, sortiront sans effort. Il appartient par conséquent au vice-roi de rendre au coton d’Égypte la réputation méritée dont il jouissait sous l’administration de prédécesseurs dont les moyens d’action étaient de beaucoup inférieurs à ceux dont il dispose.

Il est indispensable que les agriculteurs restent dans leurs villages et n’en puissent être enlevés sous le bâton, comme cela se pratique pour le paiement des taxes forcées, pour aller augmenter la production chez leur maître. Lorsque le travail sera mieux distribué, les récoltes de coton augmenteront sans nuire aux autres articles.