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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/597

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peut donc rien lui demander de ce qui ailleurs élargit le cercle de l’action économique d’où découle la richesse des nations. Le fellah égyptien est une bête de somme, ni plus ni moins, et, si le coton exporté n’est plus le même, c’est implicitement la faute du vice-roi. C’est à lui, chef de l’Égypte, fermier-général de cette terre fertile et classique, qu’incombe le devoir de réformer ce qui exige impérieusement d’être réformé, de demander au sol tout ce qu’il peut donner en lui restituant ses bienfaits sous une autre forme, et en traitant les habitans comme la terre même, humainement et avec intelligence. Il faut que le pouvoir trace la route à suivre, et que chacun soit tenu de n’en pas sortir. Lorsque le bon exemple ne suffît pas, la coercition est nécessaire. Le khédive veut et accomplit beaucoup de choses bonnes sur ses propres domaines ; rien ne serait plus facile que de les exiger des paysans travaillant pour leur propre compte.

Dans les propriétés particulières du vice-roi et celles de sa riche et nombreuse famille, où les bras ne manquent jamais, où l’irrigation est bien entendue et les travaux agricoles relativement aussi parfaits que possible, le coton mako donne jusqu’à 6 quintaux nets par feddan. Ce n’est pas là la moyenne, mais avec l’engrais nécessaire et une meilleure culture ce chiffre pourrait devenir général. Les cotons des daïras ne sont en général guère meilleurs que la moyenne de la production égyptienne ; cependant il s’y trouve des parties que l’on peut assimiler aux plus beaux échantillons de mako obtenus depuis les premiers jours de sa culture dans cette contrée. Le khédive et sa famille pourraient être plus exigeans. Pourquoi ce résultat, qui représente environ 450 francs par feddan, outre le bois et les semences, n’est-il pas atteint par les fellahs agriculteurs ? La réponse est simple : parce que généralement les bras, les animaux et par conséquent l’eau leur font défaut, — parce que le capital qu’ils n’ont pas ne leur arrive que par le canal de la plus ruineuse usure. Aussi peut-on affirmer que 3 quintaux de duvet net représentent la moyenne maximum des plantations de coton non possédées par le khédive, sa famille et ses adhérens. Il ne serait donc pas exagéré de dire que, si tous les terrains ensemencés de mako étaient travaillés comme le sont les Shiffliks princiers, la production atteindrait 2 millions 1/2 de quintaux au lieu de 1 million 1/2 qu’elle rend à peine bon an mal an. En moins de deux années, ce résultat pourrait être obtenu.

Que répondra-t-on à ces faits ? — Si l’argent manque aux fellahs, que l’on fonde des banques agricoles ! — Bien, mais comment confier des capitaux à des agriculteurs qui ne sont pas propriétaires de droit, qui peuvent être appelés subitement à payer six ou douze ans de contributions foncières par anticipation, dans un pays où il n’y