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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/596

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rayon qui ne se développe pas, on arrivera à cette conclusion, qui fait sourire les vieilles barbes en Égypte, que le sol est fatigué et appauvri, et que les eaux du fleuve, répandues au loin, perdent de leur fertilité. Il en est pourtant ainsi. Dans les crues moyennes, les terres mal situées reçoivent peu d’eau nouvelle, partant peu de limon ; malgré cela, la culture générale continue sur le même pied que pendant les bonnes années, au détriment de la quantité et de la qualité des produits. En ce qui concerne l’ensemencement, le terrain n’est pas en Égypte, comme en Europe, recouvert d’engrais que la charrue enterre pour le mieux assimiler. Après une irrigation complète et prolongée du champ, suivie d’une façon de labour, de petits creux sont pratiqués à la main, où les graines de coton sont déposées avec une poignée de fiente de pigeon. La germination ainsi forcée envoie le long pivot de la plante dans un sol à peine détrempé et qui ne reçoit pas une particule d’engrais, car la charrue arabe, qui effleure à peine le sol, ne l’a pas même dérangé. L’arbuste, placé dans une terre que rien n’a préparée ni amendée, y vit donc par un pivot de 45 centimètres de longueur que rien ne nourrit et qui absorbe promptement tous les sucs.

Le terrain égyptien est homogène dans toute la vallée du Nil, et l’alluvion nilotique y est déposée sur un sous-sol sablonneux en couches variant de 3 à 6 mètres d’épaisseur ; mais, quelle que soit la richesse de cette alluvion, elle diminue à la longue, et la terre perd peu à peu par l’appauvrissement des eaux et la multiplicité des cultures son pouvoir fertilisant. Aux États-Unis, dans les bassins de l’Ohio et du Mississipi, formés des plus riches alluvions connues, le sol a fini par s’épuiser, et les planteurs de coton, n’ayant plus le choix de terrains qu’ils abandonnaient pour d’autres encore vierges, en sont arrivés aux engrais appropriés à la production de l’article. L’Égypte doit en faire autant, car l’épuisement du sol fera des progrès, et plus on tardera, moins le remède sera efficace. Dans les meilleures conditions de cette culture, avec de l’engrais et de l’eau en abondance, le rendement des terres à coton s’élèvera à une moyenne de 5 quintaux (225 kilog.) au minimum, et la qualité y trouvera des garanties qui n’existent plus ; mais ce qui est facile ailleurs, où les nations savent accomplir ce qui est pour elles d’un intérêt vital, qui le fera en Égypte, où les populations n’ont pas de vie politique, où la conviction et l’élan manquent absolument ? Les 4 millions de fellahs que nourrit la terre des pharaons s’agitent et travaillent pour un homme, le khédive, qui représente et absorbe à lui seul l’Égypte tout entière. L’agriculteur, race antique qui a résisté aux révolutions des siècles, ne s’appartient pas plus que le sol n’est à lui ; né pour obéir, payer et produire sans cesse, il n’a plus de volonté. On ne