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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/586

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6,250,000 quintaux. Ces chiffres sont menaçans pour l’Angleterre, qui ne consomme guère plus du double, soit au maximum 13 millions de quintaux, et qui considérait les États-Unis comme son meilleur marché. Ils sont menaçans pour l’Europe, où la consommation générale n’excède pas 20 millions de quintaux. Ces 6 millions iront en augmentant et diminueront d’autant le stock possible d’une qualité qu’aucune autre contrée n’a encore pu produire. Distraite d’une récolte destinée à l’accroître, mais qui tardera à dépasser 5 millions de balles, et convertie en produits au moins égaux à ceux des fabriques européennes, cette importante fraction d’une production qui règle les marchés du monde ne créera-t-elle pas bientôt une formidable concurrence à l’exportation du vieux continent ? Cela est d’autant plus probable que la compétition a déjà commencé avec assez de succès du côté des Américains pour que la presse anglaise ait jugé convenable d’avertir l’industrie de la Grande-Bretagne d’un fait économique dont, il y a quinze ans, les plus fortes têtes de l’école de Manchester niaient jusqu’à la plus lointaine possibilité.

La concurrence des États-Unis est d’autant plus dangereuse que les tissus propres aux marchés de l’Indo-Chine qu’elle y transporte sont encore exempts de ces apprêts frauduleux à la craie que les manufacturiers anglais emploient depuis quelques années pour se créer un profit en augmentant le poids et en cachant la fabrication plus que légère de la marchandise exportée. Il est donc évident que les progrès des États-Unis dans la branche d’industrie que l’Angleterre a pu considérer longtemps comme son monopole commencent à peser sur la production ouvrée générale. En y ajoutant les autres facteurs, diminution de gain, renchérissement de la vie matérielle, fréquence des grèves, etc., on comprend le malaise voisin du découragement qui rend malgré lui le chef d’industrie prudent, presque timide. Lorsque l’hiver s’annonce rigoureux, toute fourrure est bonne et trouve acheteur ; dans le cas contraire, la marte zibeline ne vaut pas même une peau de chat. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si devant l’incertitude des débouchés les fixateurs manifestent quelque hésitation aux achats, et si les limites qu’ils fixent se ressentent de la situation critique des affaires.

La question principale qui se pose naturellement est celle-ci : le coton d’Égypte, le mako, a-t-il dégénéré depuis l’introduction de cette culture dans la vallée du Nil par Méhémet-Ali ? Il y a lieu ensuite de se demander si les moyens d’irrigation et la culture elle-même y sont à la hauteur de l’immense développement qu’a pris depuis la guerre de sécession la production de ce textile en Égypte, enfin si la culture du coton dans cette contrée fertile est appelée à s’accroître ou bien si elle restera stationnaire. C’est à ces trois