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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/564

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positifs, on remonte par l’induction dans un passé encore plus lointain, et l’on nous montre, aux derniers âges de l’époque secondaire, quelques singes, plus heureux ou plus avisés que les autres, prenant lentement l’habitude de la station droite, et, grâce à quelque privilège fortuit de leur organisation cérébrale, transformant en sons articulés, symboles de la pensée naissante, les cris rauques qui n’avaient traduit jusque-là que de bestiales sensations. Quant à cette noblesse originelle dont le récit de la Genèse fait resplendir le signe au front du premier homme, quant à ces facultés supérieures par lesquelles se serait établie tout d’abord, sans transition possible de la bête à nous, la souveraineté du règne humain, certaine science les déclare absolument chimériques. Nulle différence de nature entre l’intelligence de l’animal et la nôtre. De part et d’autre, les opérations mentales sont les mêmes, les produits seuls diffèrent : l’homme a plus d’idées, il aperçoit plus de rapports, il généralise davantage ; mais ni l’abstraction, ni le jugement, ni la généralisation ne lui appartiennent en propre. La moralité, la religiosité, qu’on a tenté de maintenir comme suprêmes barrières entre l’animalité et l’humanité, se résolvent pour l’analyse en des conceptions qui ne supposent nullement chez l’homme d’autres facultés que celles dont sont doués les mammifères les plus parfaits.

Nous voudrions chercher dans cette étude quelle est, suivant la théorie transformiste, l’origine des idées de l’âme, de l’immortalité, de la vie future. Peuvent-elles sortir, par une évolution naturelle, d’opérations ou de facultés mentales qui nous soient communes avec les animaux ? Ceux-ci sont-ils capables de les former comme nous ? N’impliquent-elles à aucun degré l’intuition d’un principe que l’expérience ne donne pas, le pressentiment d’une destinée qui ne s’accomplit pas tout entière dans les étroites limites du monde sensible ? On voit la gravité du problème. Les questions d’origine, que la prudence de Jouffroy proposait d’ajourner, s’imposent impérieusement au spiritualisme contemporain : de téméraires hypothèses les soulèvent, les résolvent de toutes parts autour de lui ; il faut qu’il les regarde en face et prenne souci d’y faire des réponses qui donnent une force nouvelle aux preuves dont il s’est contenté jusqu’ici. Le temps est passé, nous semble-t-il, où l’on pouvait étudier les idées et les croyances fondamentales qui constituent l’esprit humain sans s’inquiéter des développemens successifs, des métamorphoses infinies qui, à travers les siècles, sous l’influence des causes les plus diverses, ont amené ces idées et ces croyances au degré de précision, d’abstraction, de généralité, d’autorité, qu’elles semblent posséder naturellement aujourd’hui. Il faut faire sa place dans notre philosophie au point de vue historique et