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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/482

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nommera quelques maires, est-il quelqu’un qui osera dire que c’est la candidature officielle, que M. de Persigny est reùtré au ministère de l’intérieur.

Il faut aller au fond des choses. Le plus vrai mobile des adversaires modérés du scrutin d’arrondissement, de ceux qui ne l’ont combattu peut-être que par circonstance, a été cette idée qu’il pouvait être de provoquer un grand mouvement d’opinion favorable à la république constitutionnelle, et que le scrutin de liste était le meilleur moyen créer une majorité destinée à exprimer ce mouvement, à renouveler, à maintenir par les élections l’alliance du 25 février entre les fractions de la gauche, le centre gauche et le centre droit libéral. On serait ainsi ensemble devant les électeurs avec la constitution pour mot et pour drapeau. Ceux qui raisonnaient ainsi n’étaient-ils point dupes d’une singulière illusion ? ne s’exposaient-ils pas à de cruels mécomptes ? Ne faisaient-ils pas un dangereux calcul ou, selon le mot de M. le garde des sceaux, de la politique de « pure rêverie ? » M. Dufaure ne s’y est point trompé, et il a eu mille fois raison de le dire avec pénétrante fermeté de bon sens qui a dissipé toutes les chimères. La constitution, c’est fort bien ; mais il n’y a pas à se payer de mots et rêver des fusions impossibles. Il y a des hommes qui ont voté la le 25 février : les accepteriez-vous pour alliés après leurs discours, leurs lettres et leurs manifestations de ces derniers temps ? Si les constitutionnels sérieux et modérés acceptent ou subissent cette alliance, ils ne s’appartiennent plus ; s’ils la repoussent, que devient radicaux ont voté la constitution, rien de mieux, « il faut les en remercier, il faut leur donner la main » pour leur bonne pensée de ce En dehors de ce rapprochement accidentel et tout momentané, il n’y a plus rien de commun, on ne peut plus s’entendre, l’alliance est impossible, et cela tient à ce qu’en dépit de tous les rêveurs de fusion ne comprend pas la république de la même manière. « J’ai adopté les deux chambres, dit justement et impitoyablement M. Dufaure, ils ont décidé que ce n’était point là de la république. J’ai adopté le droit de dissolution, ils ont décidé que ce n’était pas là de la république. Je le scrutin par arrondissement, ils répondent de même sur tous les points de notre programme… Nous avons été réunis un jour, nous sommes divisés dans le passé et dans l’avenir… » Voilà la vérité à la place de la fiction !

Que serait-il arrivé, si sous l’empire d’un faux calcul ou d’une une majorité s’était formée dans l’assemblée en faveur du scrutin de liste ? Les modérés auraient livré une garantie précieuse comme d’une alliance chimérique. Il serait resté le lendemain un instrument d’agitation, une vaste confusion où les radicaux n’auraient pas manqué de se servir de ce puissant moyen d’action pour grossir leur