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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/481

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là aujourd’hui le danger ? Lorsque la politique est partout, lorsqu’elle envahit les conseils— généraux, les conseils municipaux eux-mêmes, qu’il faut souvent ramener à leur modeste rôle, on pourrait craindre de la voir disparaître de la seule manifestation publique où elle est à sa place ! C’est une inquiétude certainement chimérique. Parce que les sont désormais appelés à voter dans leur circonscription, pour le député de leur arrondissement, croit-on qu’ils cessent d’avoir leurs opinions, leurs préférences et même leurs passions ? Pas plus aujourd’hui qu’hier ils ne se désintéresseront des luttes qui pourront s’ouvrir ; seront ce qu’ils étaient, avec cette différence qu’ils sauront un peu ce qu’ils font.

Soit, cela se peut, disent les autres ; mais l’arrondissement, par cela même qu’il est assez restreint, offre plus de chances ou, si l’on veut, plus de tentations aux influences administratives : c’est la possible de la candidature officielle ! Évidemment cette considération a pesé sur certains esprits, et elle est peut-être destinée à jouer un dans les mêlées prochaines de la politique, à être tout au moins par les partis. Il ne faudrait pas cependant se créer à tout propos des fantômes, des périls imaginaires. On ne remarque pas que la candidature officielle ne naît pas ainsi à volonté, et que, si le était en état d’exercer cette prépotence, dont on lui suppose la pensée, il l’exercerait dans le département tout aussi bien que dans l’arrondissement. On oublie que cette candidature officielle qui a fleuri sous l’empire a pu jusqu’à un certain point être facilitée le système des circonscriptions arbitraires, mais qu’elle se liait en à toute une situation ; elle était pour ainsi dire l’expression de la puissance absorbante d’un gouvernement maître de tout, résolu à ne souffrir ni dissidence ni contestation, tenant le pays par des agens nombre, par une administration qui disposait de tous les moyens de domination ou de captation. C’est à ce prix que la candidature été possible, et même avec tout cela le moment est venu où des hommes comme M. Thiers, M. Berryer, M. Buffet, ont trouvé des circonscriptions qui les ont renvoyés au corps législatif. Chose bien plus curieuse et démontrée par M. Lefèvre-Pontalis, avec le scrutin de liste, le premier noyau d’opposition qui a commencé à se former sous le nom des cinq dès les élections de 1857, ce noyau n’aurait pas été possible ; élus dans leurs circonscriptions, les cinq ne l’auraient pas été dans du département : le gouvernement de l’empire gardait encore une majorité de 10,000 voix dans le dénombrement général des suffrages parisiens. Nous n’en sommes plus là aujourd’hui, et, si le gouvernement cherchait à dépasser la limite d’une intervention naturelle, légitime les élections, il serait aussitôt arrêté par la force des choses, par la de l’opinion. Voyons sérieusement ! Parce que le gouvernement