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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/472

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Mais quel temps exigeront ces travaux prodigieux? Nous avons vu que, grâce aux machines, l’épuisement proprement dit s’accomplirait assez vite. Seulement la construction des digues, des canaux, des ponts, des écluses et des chemins demande beaucoup plus de durée. Aussi les optimistes parlent-ils de douze ans pour l’achèvement total, tandis que les pessimistes réclament seize ans. Mettons quatre ans encore pour les retards imprévus; en vingt ans, on peut être assuré que tout serait fini. De nos jours, l’industrie ne s’effraie point de semblables délais. Déjà d’autres entreprises aussi longues, et peut-être plus aventureuses, ont été menées à bien. Pourquoi le crédit manquerait-il précisément à celle dont le succès est assuré?

A vrai dire, le succès ne suffit pas : il faut encore le profit; mais le profit, lui aussi, ne semble point douteux, lorsqu’on considère l’étendue des terrains desséchés, les rares qualités du sol et le prix probable de revient.

Selon les plans, la digue enferme une superficie de 196,670 hectares. Mais l’expérience a démontré que, dans un dessèchement, un dixième du sol est employé en canaux et chemins. Si donc on déduit 19,000 hectares qui ne seront pas vendus, il reste 178,000 hectares disponibles. Sur ce nombre, 20,000 hectares environ se composent de sables peu propres à la culture, qui seront d’ailleurs d’une extrême utilité pour l’établissement des digues et des remblais, parce qu’ils sont à portée de tous les grands ouvrages. Deux petits bancs de tourbe s’étendent encore près d’Edam et de Kamper-Nieustad. Les réservoirs, qui couvriront 3,930 hectares, seront pris sur la superficie sablonneuse. Tout le reste du bassin est formé d’un vaste banc d’argile souvent très profonde et qui aura une grande valeur vénale. On voit donc qu’il restera environ 150,000 hectares de terres de premier choix, après avoir déduit 25,000 hectares de terres inférieures, qui pourtant représentent encore des sommes importantes. Or les frais prévus s’élèveront à 240 millions de francs ainsi répartis : 70 millions pour la digue, 36 millions de frais accessoires, 124 millions pour le travail d’épuisement, pour les machines, pour les réservoirs, pour les canaux et pour les chemins, enfin 10 millions pour les frais d’administration et pour les dépenses imprévues. Ces chiffres ne comprennent pas l’intérêt des capitaux engagés ; nous en reparlerons tout à l’heure. Qui fournira ces sommes énormes? Ici deux théories contraires sont en présence. Beaucoup d’économistes et d’administrateurs repoussent toute intervention de l’état, tandis que de bons esprits la réclament. D’une part, on allègue que l’état agit avec trop de lenteur, qu’il n’est pas stimulé par la nécessité de payer la rente de l’argent qu’il emploie, qu’il