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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/462

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LE
DESSÈCHEMENT DU ZUIDERZÉE

On remarquait naguère, à l’exposition du Congrès de géographie, dans la section hollandaise, un beau plan où M. Leemans retrace les travaux projetés pour le dessèchement du Zuiderzée. Rien n’est plus sérieux que cette gigantesque entreprise. L’autre jour, la chambre des Pays-Bas votait un crédit pour procéder à de nouveaux sondages et pour vérifier encore une fois la qualité des terrains qu’on prétend rendre à la culture. Bien que ces travaux intéressent plus la Hollande que l’Europe, les Français ne manqueront pas de s’associer par leurs sympathies à l’activité persévérante du petit peuple néerlandais, qui, dans un siècle de prodiges, sait se distinguer par la hardiesse des conceptions et par l’habileté des moyens.

A vrai dire, le génie de cette race industrieuse s’exerce surtout dans une lutte sans fin contre les eaux. Ne semble-t-il pas qu’en ces lieux elles font des efforts incessans pour ravir à l’homme le fruit de son labeur et pour engloutir la contrée dans une inondation désastreuse? Qu’on jette les yeux sur la carte hollandaise dressée au ministère de la marine par les soins du bureau topographique : on reconnaîtra, à des nuances ingénieusement combinées, que la moitié du pays au moins est sous le niveau de la mer, et que toutes ces riches provinces sont seulement défendues contre l’océan par une ligne de dunes sablonneuses coupées d’innombrables brèches. On est donc obligé de protéger les parties faibles par des digues. Cependant la mer ne cesse de ronger cet obstacle et de tenter contre lui des assauts parfois victorieux. Ainsi en 1277 une invasion soudaine des eaux marines produisit le lac Dollart; en 1421, la rupture de plusieurs digues forma le lac Bies-Bosch, et noya, dit-on, 100,000 personnes. A ce danger s’ajoute la menace incessante des eaux fluviales, qui de toutes parts descendent en Hollande