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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/455

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LE DERNIER DES VALERIUS.

je crois, que je l’aiderais à soulager son cœur, car elle fondit en larmes et m’avoua qu’elle se regardait comme la plus malheureuse des femmes.

— Tout d’abord, me dit-elle, je me figurai que je me trompais, que ce n’était pas son amour à lui qui diminuait, mais mon exigence à moi qui croissait. Tout à coup j’ai senti mon cœur se glacer, convaincue qu’il ne m’aimait plus, et qu’un obstacle surgissait entre nous. Ce qui m’embarrassait, c’était l’absence de toute cause, — car je ne lui avais donné aucun motif de plainte, et rien n’annonçait qu’il y eût une autre femme dans le cas. Je me suis mis l’esprit à la torture pour découvrir en quoi j’ai pu lui déplaire, et pourtant il se comporte en homme trop vivement offensé pour se plaindre. Il ne m’adresse ni un mot de blâme, ni un regard de reproche. Il a tout simplement renoncé à moi! J’ai cessé d’exister pour lui!

Sa voix tremblait, et elle avait si bien l’air de me supplier de lui venir en aide, que je fus sur le point de lui annoncer que j’avais résolu l’énigme et que nous pouvions considérer la victoire comme à moitié remportée. Je craignis de la trouver incrédule. Ma solution était si absurde que je résolus d’attendre que j’eusse des preuves convaincantes à lui fournir. Je continuai donc à surveiller le comte de façon à ne pas exciter ses soupçons, et cela avec une vigilance que ma curiosité rendait singulièrement tenace. Je me remis à ma peinture, ne perdant aucun prétexte pour rôder autour du casino. Le comte cherchait évidemment à se rappeler ce qui lui était échappé lors de notre rencontre au Panthéon. Je lisais sur son visage assombri qu’il me pardonnait à moitié son indiscrétion. De temps à autre il me lançait un regard où la méfiance semblait lutter contre l’envie de s’expliquer. Je me sentais tout disposé à provoquer un aveu ; mais le cas était des plus embarrassans. Au fond, ses illusions m’inspiraient une sorte de tendre respect. Je lui enviais la force de son imagination, et je fermais parfois les yeux avec la vague idée que, dès que je les rouvrirais, je verrais Apollon accorder paresseusement sa lyre sous les arbres qui me faisaient face, ou Diane accourir le long de l’avenue des houx. Le plus souvent mon hôte me semblait tout simplement un malheureux jeune homme affligé d’un torticolis moral qu’il importait de guérir au plus vite. Cependant, si le remède devait avoir quelque rapport avec la maladie, il faudrait un pharmacien bien ingénieux pour le composer !

Un soir, ayant souhaité bonne nuit à Marthe, je me mis en route selon mon habitude pour regagner mon logis. Cinq minutes après avoir quitté la villa, je m’aperçus que j’avais oublié mon lorgnon. Je me rappelai qu’en peignant j’avais brisé le cordon et que je l’avais accroché à une branche. Comme je me proposais de lire le