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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/449

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LE DERNIER DES VALERIUS.

l’identité avec vous, interrompit Valério. Vous avez été mal renseigné.

— Quelle indigne mystification ! s’écria l’Allemand. Quoi ! vous n’avez pas déterré une statue?

— Aucune qui mérite l’attention d’un érudit tel que vous.

— Mais vous avez sûrement découvert quelque chose? La rumeur publique...

— La peste étouffe la rumeur publique ! répliqua le comte d’un ton farouche. Je n’ai rien à montrer, — rien, comprenez-vous ? Soyez assez bon pour en prévenir vos amis.

La réponse était claire et nette. L’infortuné archéologue poussa un soupir, et reprit le chemin du Capitole en secouant avec tristesse sa crinière jaunâtre. Moi, je le plaignais; je me permis d’adresser des remontrances à mon hôte. — Autant vaudrait que votre Junon fût encore sous terre, lui dis-je, si personne ne doit la voir.

— Je la verrai, et cela suffit, répliqua-t-il. — Puis il ajouta aussitôt en remarquant ma surprise : — Son grand portefeuille m’a agacé. Il aurait voulu faire quelque hideux croquis.

— Voilà qui me touche, dis-je, car je songeais aussi à prendre une petite esquisse.

Il se tut pendant une minute ou deux, puis se tourna vers moi, me saisit le bras et répondit avec une gravité extraordinaire : — Rendez-lui visite vers l’heure du crépuscule, asseyez-vous en face d’elle, et contemplez-la à loisir. Je crois qu’ensuite vous ne songerez plus à votre esquisse. Sinon, mon bon vieil ami, vous êtes le maître.

Je suivis son conseil, et, comme ami, je renonçai à mon projet; mais un artiste sera toujours un artiste, et au fond je désirais vivement tenter un dessin. Des ordres conformes à ce que Camillo avait répondu au visiteur tudesque furent donnés aux gens de la villa, qui, avec la largeur de conscience et la sincérité dont sont doués les Italiens, plaignirent les curieux d’avoir été si grossièrement trompés. Je ne doute pas que, faute de mieux, ils n’aient su rendre la condoléance lucrative. Toute nouvelle fouille fut ajournée comme impliquant un affront pour l’incomparable Junon. On congédia les terrassiers, mais le petit explorateur continua de hanter le parc et de sonder le sol pour son propre plaisir. Un jour, il m’aborda avec sa grimace équivoque habituelle. — Pourriez-vous m’apprendre, signer, ce qu’est devenue la belle main de la Junon? me demanda-t-il à brûle-pourpoint et d’un ton mystérieux.

— Je ne l’ai pas revue depuis le jour de la trouvaille, répondis-je. Je me souviens que, lorsque je me suis éloigné, elle gisait sur l’herbe à côté de la tranchée.