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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/413

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LES
PRÉDÉCESSEURS DES HOHENZOLLERN

L. Ranke, Genesis des preussischen Staates, Leipzig 1874.

Depuis la dernière guerre, on a fait en Allemagne plusieurs éditions nouvelles d’ouvrages historiques, tout exprès pour y ajouter des chapitres où sont racontées les victoires remportées sur notre sol et la fondation de l’empire allemand. M. Léopold Ranke n’a pas suivi la mode du jour dans la troisième et définitive édition de ses Neuf Livres de l’histoire de Prusse : c’est le début de son œuvre qu’il a revu, et les chapitres complémentaires sont consacrés au temps qui précède les Hohenzollern. L’éminent écrivain confesse que les derniers événemens l’ont éclairé sur l’importance de cette vieille histoire, à laquelle il n’avait accordé jusqu’ici que quelques pages presque dédaigneuses. Au moment où l’état prussien arrive au plus haut degré de la puissance, lui, qui en est l’historiographe officiel, éprouve le besoin de se recueillir; l’histoire de la Prusse telle qu’elle a été comprise jusqu’ici ne lui suffit plus. Autrefois on attribuait la fortune de l’état prussien aux vertus de tous les Hohenzollern et au génie de deux d’entre eux, le Grand-Électeur et le grand Frédéric; mais les qualités de quelques hommes, héréditairement transmises pendant une courte période, semblent aujourd’hui une base trop étroite et trop fragile pour porter l’édifice de la grandeur prussienne. L’historien de la papauté le sait mieux que personne : rien ne dure qu’à la condition d’avoir crû lentement, et le temps ne conserve pas ce qui a été fait sans lui. M. Ranke recherche donc à travers les âges, au-delà des Hohenzollern, les origines véritables de la monarchie prussienne, afin de montrer comme