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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/32

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de l’accueil favorable, pour ne pas dire enthousiaste, qu’elle a rencontré en France, en Europe même, dans le parti de la démocratie avancée. Il nous a semblé qu’il y avait là un malentendu curieux à éclaircir, s’il n’y a pas plutôt un parti-pris dont il est intéressant de rechercher les causes.

La démocratie radicale (il serait facile d’en donner la preuve développée) est par essence rationaliste ; elle l’est dans ses origines, dans son histoire, dans ses principes; elle est une application de la raison pure, elle part de l’absolu et elle y revient, elle repose sur l’a-priori de certaines idées qui ne viennent pas de l’expérience, de certains axiomes dont elle nierait vainement le caractère et la source. Elle est véritablement la fille de Rousseau; elle est née avec le Contrat social. Encore aujourd’hui nous la voyons accepter sans discussion les termes dans lesquels Jean-Jacques a posé le problème : « trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. » S’il y a un problème de géométrie sociale, à coup sûr c’est celui-là. Avec Rousseau, cette école établit que la souveraineté réside dans la volonté générale, et que les lois ne sont que les actes authentiques de cette volonté. Avec lui, elle pose en principe que la volonté de tout un peuple est infaillible, qu’elle ne peut ni se déléguer, ni aliéner quelque portion d’elle-même, ni se soumettre à un autre souverain. Avec lui, elle croit à l’équivalence de tous les membres de la cité, à leur droit égal de participer à l’expression de la volonté générale; elle croit enfin, comme lui, à la bonté originelle de l’homme, qui ne peut vouloir que le bien général, sauf les cas où sa raison est égarée par des ignorances ou des préjugés qu’il faut combattre à outrance et déraciner à tout prix de la république. — N’est-ce pas le même programme qui se retrouve, moins le style, dans celui que proclamait naguère un des chefs de la démocratie la plus avancée : « réalisation et assurance mutuelle de la liberté et de l’égalité par l’égale participation de tous au pouvoir, par la participation quasi-constante de la volonté nationale,... effacement du pouvoir exécutif, mandataire respectueux et modeste, devant le pouvoir législatif, seul souverain,... écartement de tout ce qui tendrait à tenir en échec la volonté nationale, à la paralyser de près ou de loin par la création de forces antagonistes. » Ce programme est-il autre chose que la traduction du Contrat social dans le langage des controverses contemporaines? On voit que, depuis Jean-Jacques, cette école n’a rien innové; elle répète la leçon du maître.

Personne avec plus d’autorité et de force que M. Edgar Quinet,