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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/317

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de la veine, et souvent même un pouce. A ce nouveau commerce, encore plus fructueux que le premier, ils sont devenus bien vite millionnaires et se sont associés avec Mackay.

L’une et l’autre banque, celle de Nevada et celle de Californie, ayant presque une égale part d’intérêt dans les mêmes mines d’argent, on s’est disputé les actions des mines. Peut-être aussi que certaines exploitations n’ont pas donné tout ce qu’on en attendait, si bien que, dans cette lutte à mort, la banque de Californie a sombré, et que Ralston a eu la fin que l’on sait. Le peuple de San-Francisco ne lui en a pas moins fait de splendides funérailles, comme on en fit à New-York au financier Fisk, tué d’un coup de revolver il y a près de quatre ans. Trop de gens ont eu part aux largesses de ces millionnaires improvisés pour que ceux-ci ne soient pas pleurés à leur mort et sincèrement. Ce n’est pas d’ailleurs sans provoquer une émotion d’un autre genre que disparaissent subitement ces hommes, pour la plupart indignes, et dont beaucoup finissent par se faire justice eux-mêmes ; ils ont tenu un moment dans leur main une partie de la fortune publique. La fermeture de la banque de Californie a occasionné sur la place de San-Francisco une crise qui heureusement n’a été que temporaire. Le 3 octobre, un télégramme annonçait au Times de Londres que la banque venait de rouvrir ses guichets, et que les déposans y affluaient de plus belle. Le croira-t-on? la foule encombrait les rues avoisinantes et poussait des hurrahs, des bannières avaient été déployées dans la ville, un salut de coups de canon avait été tiré; au dire d’un témoin oculaire, on se serait cru à la fête nationale du 4 juillet. Ce qui était plus consolant, c’est que le commerce de San-Francisco, un moment si troublé, était rentré dans ses voies habituelles.

Pendant que les hommes de finance président d’une manière aussi fiévreuse à la hausse et à la baisse des actions minières, souvent la provoquent eux-mêmes, le mineur poursuit paisiblement ses travaux souterrains, n’ayant pas quelquefois conscience de ce qui se trame au-dessus de sa tête, et ne se doutant pas de tous les jeux qui s’organisent autour du filon dont il suit si patiemment et si attentivement les capricieuses allures. De leur côté, les ingénieurs, les métallurgistes, s’attachent à exploiter de mieux en mieux les veines et à retirer toujours une plus grande quantité de l’argent contenu dans le minerai, pendant que les géologues dressent avec un soin méticuleux la carte des gisemens, et que les statisticiens, toujours en éveil, tiennent un compte exact et presque quotidien de toutes les circonstances économiques de la production. Rien ne reste en souffrance, et dans les mines d’argent comme dans les