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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/240

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est que depuis longtemps, par bien des raisons, cette question en est venue à se compliquer de toute sorte de préoccupations au moins étranges, qu’on avoue tout haut, presque naïvement, sans croire rien dire d’extraordinaire. Pour les uns, il s’agit tout simplement de savoir dans quelles conditions ils auront les meilleures chances d’être élus, quelquefois ce que coûtera une candidature selon les procédés. Les se demandent avant tout ce qui favorisera le plus leur parti, leurs combinaisons. On fait des enquêtes sur l’esprit des divers départemens, sur la manière d’enlever une élection. Il en est qui se décident par quelque considération de circonstance, parce qu’ils sont pour le moment ministériels ou opposans, et en fin de compte on analyse tout, on examine tout, excepté la seule question sérieuse et importante : quel le système qui met le plus de vérité, de sincérité dans les élections ?

On aura beau dire : ce scrutin de liste que les républicains, par ou par tradition, inscrivent dans leur programme, qu’ils se disposent à défendre contre le gouvernement, ce scrutin est une grande loterie d’où sortent au hasard des majorités factices ou de véritables amalgames de noms qui réunissent quelquefois à peu près le même nombre de suffrages, et qui représentent des opinions contraires. C’est une vaste confusion où les électeurs ne savent le plus souvent ce qu’ils font. Comment veut-on que des masses qui travaillent, qui vivent dans leurs campagnes ou même dans leurs ateliers, se rendent compte de ce vote multiple qu’on leur demande ? Nous-mêmes, nous tous qui vivons à Paris, nous sommes embarrassés quand on nous présente ce cassetête de quarante ou trente noms à combiner. Et qu’on remarque bien que ce suffrage universel direct par scrutin de liste n’est qu’une il est presque impossible, s’il n’est pas dirigé. On vient de le voir le procès jugé récemment à Marseille. Nous n’examinons pas, bien l’œuvre de la justice pas plus que la part de l’administration. Toujours est-il qu’il y a une organisation électorale, il y a des de canton, d’arrondissement, il y a des comités arrangeant des combinant des listes expédiées aux électeurs, qui ne les reçoivent sans doute que s’ils le veulent bien, mais qui le plus souvent les dans l’urne sans y regarder. Ils votent pour la liste de leur comité. — C’est naturel, légitime et inévitable, dit-on, soit ; mais, si c’est légitime et inévitable, il ne faut point se payer de mots : il y a une bien plus simple, c’est de régulariser franchement ces combinaisons, c’est de donner le caractère légal à cette organisation qui est sans garanties. C’est le suffrage à deux degrés. Est-on décidé à l’adopter ? La question changerait sans doute de face. Resterait à si le moment est bien opportun, si après s’être fait auprès des masses un moyen de popularité du vote illimité, on n’aurait pas l’air de leur droit, et si on ne donnerait pas ainsi une arme redoutable au