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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/223

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LES RELATIONS
DE L’ALLEMAGNE ET DE LA FRANCE
D’APRESUNE BROCHURE ALLEMANDE.

Dans le discours qu’il prononçait l’autre jour à Arcachon, M. Thiers a remarqué avec sa justesse d’esprit et sa précision de langage accoutumées que, si par alliance on entend le concert de deux ou trois états qui s’unissent pour atteindre un but particulier, spécial, intéressé, la France assurément n’a pas d’alliance. — « Voulez-vous que je vous le dise? a-t-il ajouté, je n’en connais aucune de semblable en Europe aujourd’hui. A ce titre, personne dans le temps présent n’est l’allié d’un autre; mais tout le monde est l’allié de tout le monde pour le maintien du repos des nations, et cette alliance vraiment sainte comprend, protège tous les intérêts, et pour longtemps encore est la seule souhaitable la seule possible. » Cette alliance vraiment sainte, cette sainte conjuration des gouvernemens coalisés pour maintenir la paix a prouvé deux fois cette année son efficacité; à deux reprises, en automne comme au printemps, elle a réussi à prévenir des complications menaçantes, à écarter des causes de conflit. Les sceptiques ne croyaient plus à l’Europe; il semble que l’Europe se soit retrouvée et qu’elle comprenne mieux que par le passé quels services peut rendre à la paix du monde une politique sagement préventive, l’action commune et concertée des gouvernemens désintéressés. Aussi les belliqueux mettent-ils le plus grand soin à dissimuler leurs projets et à se poser en face de l’opinion publique comme des ministres de paix. Lorsqu’ont éclaté les troubles de l’Herzégovine, on a vu avec plus d’inquiétude que de surprise plusieurs journaux importans de l’Allemagne soulever insidieusement la redoutable question de l’homme malade et prendre sous leur patronage les solutions radicales et violentes. Jouant le rôle de tentateurs ils encourageaient les ambitions de la Russie, ils prêchaient à l’Autriche la politique d’agrandissement; ils disaient à ces deux empires : Ne vous