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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/181

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fin, ce qui ne veut absolument rien dire. Jérôme a consacré ce non-sens dans la Vulgate, et les commentateurs mystiques y ont découvert des merveilles.

Une autre particularité intéressante rentrant aussi dans cet ordre d’annotations musicales, c’est que nombre de psaumes débutent par certains mots d’un sens tout à fait étranger au sujet qu’ils développent et dans lesquels on s’est obstiné sans raison à voir des indications d’instrumens, comme si le texte eût recommandé tel instrument plutôt que tel autre pour l’accompagnement. Pourtant ces mots étranges ne désignent pas des instrumens. M. Reuss penche pour l’opinion adoptée par ceux qui ont vu dans ces expressions, sans rapport avec le texte qui suit, l’indication de chants d’une autre nature, mais bien connus du peuple et sur l’air desquels les psaumes ainsi désignés devaient être chantés. Il y a des analogies bien constatées qui enlèvent à cette explication ce qu’elle a de paradoxal au premier abord. Sous la restauration, les jésuites propagèrent des cantiques dont les airs étaient empruntés à des opéras en vogue. Au XVIe siècle, les psaumes de Marot furent chantés à la cour de France et dans les rues sur des airs populaires, et que l’on désignait, comme on fait encore aujourd’hui, par les mots du début. A la faveur de cette hypothèse ingénieuse, celles de ces suscriptions mystérieuses de psaumes qui n’ont pas trop souffert de l’inintelligence des copistes reprennent vie et couleur. Ainsi le psaume 22 devait se chanter sur l’air d’un chant commençant par Antilope de l’aurore, les psaumes 45, 60, 80 sur les Lys, le psaume 56 sur Colombe des lointains térébinthes, trois autres (8, 81 et 84) sur la Gathienne, c’est-à-dire sur un chant tirant son nom de la ville de Gath, comme nous disons la Marseillaise ou la Parisienne, etc. Rien ne donne lieu de penser que ces airs fussent indignes de leur application à des strophes religieuses; mais il est visible que les chansons populaires qu’ils accompagnaient rentraient plutôt dans le genre gracieux, idyllique et, pour tout dire, mondain, que dans la catégorie des poésies austères.

Tout porte à croire qu’à l’exception des cymbales, qui servaient surtout à marquer la mesure, les instrumens usités pour l’accompagnement du chant sacré étaient exclusivement des instrumens à cordes. La cithare, portative et ressemblant plutôt à une guitare qu’à une harpe, le psaltérion déjà décrit, la sambuca, espèce de grande lyre triangulaire, sont les plus connus. C’est en d’autres occasions qu’on employait le tambourin, le sistre, rond ou carré de métal où pendaient des anneaux qui s’entre-choquaient avec un bruit de grelots, la musette, plusieurs sortes de flûte et les trompettes. Il n’est pas probable que les Juifs eussent poussé bien loin l’art musical. S’il est permis de tirer par analogie quelque conclusion