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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/145

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ne les plaçait avant le combat qu’avec des paroles sacramentelles Peut-être saisissons-nous dans ces détails une phase primitive et religieuse de l’institution du duel. Aboli sous cette forme en Islande pendant le cours de l’année 1011 par une loi de l’assemblée publique, il allait y renaître peu après, en vertu d’une autre loi introduisant les épreuves judiciaires. Nouveau témoignage que cette étroite société islandaise, en demeurant longtemps fidèle aux traditions du paganisme Scandinave, a fait revivre à son usage les plus nationales d’entre les institutions du nord, et offre à notre étude, dans les livres malheureusement peu nombreux qu’elle nous a transmis, un tableau de ce paganisme moins altéré par les multiples influences du génie classique et de la civilisation chrétienne qu’il ne se montrerait ailleurs, même dans les plus anciens monumens du moyen âge germanique.

N’avions-nous pas le droit aussi d’attribuer à la saga de Nial un certain mérite au point de vue littéraire et moral ? Ce n’est pas assurément la bonne ordonnance que nous y vanterons; notre analyse fort abrégée ne doit point à cet égard faire illusion : le récit est souvent mêlé, confus, embarrassé de mille circonstances indifférentes ou obscures; le chroniqueur va en avant un peu à la manière du conteur arabe, qui ne supprime ni ne classe aucun souvenir. Cela n’empêche pas que la narration, soit par le reflet fidèle d’une réalité vivante, soit par une certaine simplicité instinctive et naïve, n’offre une suite réelle dans la peinture des caractères; ceux-là mêmes qui sont sur le second plan ne manquent pas d’apparaître pour qui lit tout l’ouvrage, dans une lumière qui n’est point trop indécise. Bergthora par exemple, la femme de Nial, bien qu’elle soit à l’occasion, elle aussi, vindicative et hautaine, passe cependant pour être en général une bonne et pacifique maîtresse de maison; elle ne quitte pas son mari, même dans l’extrême danger, au jour de sa mort. Le narrateur n’a pas beaucoup à dire à son sujet, mais il sait faire entendre que ce silence est tout à son éloge. — Nous connaissons Halgerda : son prestige funeste, sa passion capricieuse, tantôt amour et tantôt haine, forment le foyer qui attire à lui l’action entière : tous les désastres accumulés finalement par elle sont en germe dans cet oblique regard que, dès le commencement de la saga, son oncle a remarqué dans sa physionomie d’enfant. — La figure de Gunnar est très fortement décrite, et de toutes pièces. On ne doit jamais oublier que c’est un redoutable viking, un de ces rois de mer qui s’en vont faire la piraterie ou le négoce sur les côtes voisines ou lointaines. Au milieu des guerres privées qui agitent l’Islande, nul n’ose accepter le duel contre lui; ses adversaires aiment mieux l’envelopper dans quelque perfide procès. Cette force est la raison de sa douceur : on l’a vu, ne sachant rien des aventures