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Page:Revue des Deux Mondes - 1875 - tome 12.djvu/11

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LA DÉMOCRATIE
DEVANT
LA MORALE DE L’AVENIR

LES NOUVELLES THEORIES SUR LE DROIT NATUREL.

Il y a une musique de l’avenir, que l’on connaît, à l’usage de ceux qui sont fatigués de Beethoven et de Mozart et pour qui l’on prépare, dans des rhythmes mystérieux, la rénovation d’un art épuisé. De même il paraît bien qu’il s’élabore en ce moment dans certaines écoles quelque chose comme une morale nouvelle pour ceux que les vieilles doctrines ne peuvent plus satisfaire. Cette morale se dégage avec une clarté croissante de la pénombre où l’a retenue jusqu’ici je ne sais quelle fausse pudeur ou quelle prudence scientifique ; elle n’essaie même plus de dissimuler aucune de ses conséquences sociales. Elle s’annonce comme devant renouveler, quand son règne sera arrivé, la législation arriérée et les institutions politiques des peuples soumis à son heureux empire : en attendant l’heure de son avènement, elle jette d’une main résolue les bases sur lesquelles s’élèvera la théorie vraie du droit naturel, il nous a semblé que le moment était venu de présenter l’esquisse de cette théorie, telle qu’elle se révèle déjà par quelques traits saillans, bien qu’épars et disséminés encore. On pourra voir à quel point l’idéal nouveau tranche avec celui auquel les sociétés chrétiennes étaient accoutumées; on verra en même temps qu’il ne diffère guère moins de la conception que la démocratie, issue de Jean-Jacques Rousseau, s’est faite de l’homme et de la société, et