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étaient seuls dans le secret. Dès février, Louis XV avait fait connaître son sentiment à la princesse, mais il n’avait rien confié à ses autres filles. On imagine quelle fut la colère d’Adélaïde, doublement trahie ! Quant à Victoire, Mme Campan lui ayant demandé si elle, ne ferait pas quelque jour comme Madame Louise, la princesse l’assura qu’elle aimait trop pour cela les commodités de la vie. « Voici un fauteuil qui me perd, » fit-elle en montrant la moelleuse bergère dans laquelle elle était étendue. Adélaïde, Victoire et Sophie écrivirent le même jour à Louise. Victoire, la plus affectée sous son apparent égoïsme sensuel et raffiné, adressa aussi une lettre à la mère prieure et une autre, à la maîtresse des novices : elle les pria, avec une sollicitude vraiment maternelle, de lui donner très souvent des nouvelles de Louise, d’entrer dans les plus petits détails sur sa santé, de ne lui rien celer, car sa sœur « est très faible, d’une complexion très délicate, elle a une mauvaise poitrine et crache souvent le sang. » Madame Louise n’était guère attendrie : elle n’avait que des nerfs et de l’intelligence ; — point ou peu de cœur. Fière d’avoir échappé à la domination d’Adélaïde, elle triomphait, goûtait déjà le fruit de ses témérités.

Nul doute que la vocation de Madame Louise n’ait été l’œuvre du clergé ultramontain. Ce n’est pas que sa nature répugnât à l’état religieux ; elle ne pouvait jouer aucun rôle dans le monde, il était naturel qu’elle désirât d’en sortir. La dernière des filles du roi à la cour, elle pressentait qu’au cloître elle gouvernerait la religion en France. C’était là sa destinée. Elle le comprit de bonne heure et elle n’était point femme à manquer sa vie. On veut trouver des signes de cette vocation dans son enfance, on nous parle de l’édification qu’elle donnait déjà à Fontevrault, de l’existence quasi monastique qu’elle menait à Versailles, du cilice qu’elle portait sous la soie et l’or, etc. ; ce sont là de pieuses historiettes renouvelées de toutes les vies de saintes princesses. Ni l’abbé Proyart, ni la carmélite. d’Autun[1], ni le père E. Regnault[2], n’ont écrit l’histoire de Madame Louise : ils ont composé une vie de sainte, une légende dorée à l’usage des croyans. C’est là un genre tout à fait inférieur : la simplicité de ces auteurs dépasse de beaucoup la crédulité des anciens hagiographes ; mais qu’est devenue l’illusion d’amour, l’éclair de poésie qui répandaient un charme si étrange sur les antiques légendes chrétiennes ? La grâce naïve des premiers siècles de

  1. Vie de la révérends, mère Thérèse de Saint-Augustin, par une religieuse de sa communauté, 3e édit., 1867, 2 vol.
  2. La vénérable Louise-Marie de France, Lyon 1873. — Cf. Madame Louise de France, fille de Louis XV, par Mme la comtesse Drohojowska, 1868 ; — The life of Madame Louise de France, daughter of Louis XV, by the author of Tales of Kirkbeck, Rivingtons 1869.