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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/964

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L’établissement métallurgique le plus vaste, le plus curieux à visiter autour de Virginia-City, est celui de Gould-and-Curry. Ce magnifique moulin a été construit en 1861, et a marché sans discontinuité jusqu’à la fin de 1867. Il était en chômage en 1868, mais il a été remis depuis en activité. Il renferme 80 pilons à broyer le minerai, 60 cuves d’amalgamation, 6 tonneaux allemands, 2 fours de calcination à réverbère pour torréfier ou griller les minerais sulfurés, 8 fours pour la distillation de l’amalgame et la fonte des lingots, 8 chaudières à vapeur et une machine de 250 chevaux pour mettre en mouvement les pilons et les meules. De 1862 à 1867, ces appareils, en marchant jour et nuit, permettaient de traiter par vingt-quatre heures 150 tonnes de minerai. Le minerai rendait en moyenne 400 piastres ou plus de 2,000 francs par tonne. Cette richesse annonce un titre de 1 pour 100, c’est-à-dire dix fois la moyenne des minerais du Nevada et du Mexique, qui ne contiennent guère qu’un millième d’argent. Avec des minerais d’un titre si élevé, on comprend la faveur qui s’était attachée à la mine de Gould-and-Curry. En cinq ans (1862-1867), il est sorti de cette mine 16 millions de piastres en lingots d’argent. L’année 1864, la plus productive, en a produit 5 millions. La mine et l’usine occupaient alors 900 ouvriers, répartis à peu près par moitié sous terre et à la surface. Les dépendances de l’établissement sont considérables, et comprennent l’atelier des charpentiers, des mécaniciens, le laboratoire, un petit moulin pour les essais, de vastes halles pour mettre à couvert le combustible, le minerai, les charrettes, des cantines et des logemens d’ouvriers, et une série d’élégans cottages pour les commis, les contre-maîtres, les surveillans. Les fondations de l’usine sont en granit, le reste des constructions est en brique et en bois. Une énorme cheminée, en forme de tronc de pyramide, de 100 pieds de haut, dessert tous les fours. Tous ces édifices respirent la grandeur, l’ampleur, la force, la richesse; on n’a rien épargné, et l’on a dépensé 10 millions de francs à faire luxueusement les choses, sans même songer que les mauvais jours pouvaient venir. L’entreprise, chaque année, ne rapportait-elle pas le double de cette somme, et n’était-ce pas, au demeurant, faire un bon emploi de ses écus que de construire l’établissement le mieux outillé et le plus complet dans ce genre qui existât au monde?

Aux temps les plus prospères de l’exploitation, cette grande usine ne suffisait pas à traiter tout le minerai extrait par ses heureux actionnaires, et une trentaine de moulins travaillaient encore pour eux à façon. Il y a toujours autour de Virginia-City des moulins qui marchent de la sorte. Ainsi le Nevada-Mill, quand je le visitai, traitait environ 50 tonnes par jour avec 16 pilons et 18 cuves. Le