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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/960

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Les mines de Virginia-City sont arrivées aujourd’hui, on l’a dit, à la profondeur de 900 pieds; c’est peu, quand on songe qu’il est des puits de mines qui atteignent trois fois cette profondeur, et cependant il se rencontre ici deux difficultés sérieuses, que l’on ne saurait passer sous silence, et qui peuvent mettre en jeu l’avenir de ces mines dans un temps assez prochain. La première est l’abondance des eaux souterraines. L’extraction de ces eaux se fait par des pompes mécaniques à vapeur; mais ce travail, qui en définitive ne produit rien que l’assèchement des travaux, grève les mines de frais considérables, car le pays ne renferme pas de combustible minéral, et le bois y est très cher. Le second obstacle est le manque d’air respirable, qui se fait de plus en plus sentir dans les longs boyaux où l’on s’engage; par suite, une chaleur intolérable règne à ces profondeurs toujours insuffisamment ventilées, quelque soin que l’on prenne d’envoyer de l’air frais jusqu’aux plus lointains dédales. A ces deux difficultés on peut en ajouter une troisième, le coût excessif de l’extraction du minerai par les puits, qui se joint aux dépenses d’assèchement. Enfin l’extrême division des concessions offre aussi des inconvéniens. Tout en maintenant une grande activité sur tous les points à la fois et ayant permis l’exploitation en quelque sorte simultanée de tout ce gîte, cette division a créé sur bien des points une rivalité fâcheuse, source d’éternels procès pour les limites mitoyennes, et elle a empêché la concentration des claims, laquelle, en beaucoup de cas, aurait donné la faculté de faire par un seul puits ce qu’on fait aujourd’hui à grands frais par plusieurs; mais passons sur cet inconvénient économique, puisqu’il a été prouvé de tout temps que l’extrême division des concessions minières est plus productive que l’agglomération, et arrivons au moyen de surmonter les premiers et plus sérieux obstacles.

Dès 1865, les mines de Virginia-City se ressentaient déjà de ces inconvéniens, qui depuis se sont encore accrus. Ce fut pour empêcher l’arrêt plus ou moins prochain d’exploitations jusque-là si florissantes qu’un citoyen américain, M. Sutro, projeta d’aller rejoindre le filon de Comstock à une profondeur de 2,000 pieds, au moyen d’un énorme tunnel de plus de 20,000 pieds de long (la moitié de la longueur du tunnel du Mont-Cenis), de 12 pieds de large et de haut, qui coûterait environ 10 millions de francs, et qu’on attaquerait par plusieurs puits à la fois, comme tous les grands ouvrages de ce genre; ce gigantesque travail, ainsi abordé, serait achevé dans trois ans. M. Sutro s’est inspiré dans son projet de ce qui s’est fait déjà sur plusieurs mines célèbres, notamment en Allemagne dès le XVe siècle. Il a parcouru toute l’Europe pour soumettre son idée aux gens compétens, qui tous l’ont approuvée. En Amérique, on l’a également vu partout, apôtre convaincu et infatigable, à San-Francisco,