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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/951

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les déblais naturels, les terres provenant de la désagrégation superficielle du filon de Comstock, sont pulvérisés dans des établissemens voisins, et ensuite amalgamés avec le mercure, qui dissout une certaine quantité d’or. Ce sont ces mêmes sables que lavaient en 1859 les deux orpailleurs californiens qui trouvèrent par hasard l’argent.

Comme j’étudiais ces affleuremens, et qu’assis sur la crête quartzeusé je contemplais la ville de Virginia, que la découverte de ces roches avait fait naître, un homme vint à moi et me salua en français. Il était porteur d’échantillons d’argent des fameuses mines de White-Pine, qu’on venait de découvrir dans une autre partie du Nevada, et qu’on citait alors comme les heureuses rivales de celles de Virginia. Il avait aussi dans ses poches de fort jolis cristaux de rubis et de saphir, qu’il avait trouvés dans les sables des montagnes du territoire voisin d’Idaho. Cet infatigable chercheur était venu en Californie dès les commencemens de la découverte de l’or, et s’était montré des premiers en Nevada, où il avait contribué à l’exploitation du filon de Comstock. Depuis, il avait parcouru l’Idaho, le Montana, toujours en quête de nouveaux filons. Cette classe de mineurs fantaisistes, irréguliers, est commune en Amérique. Ce sont comme les éclaireurs des entreprises métallifères. Sans eux, il n’y aurait le plus souvent aucune découverte. Quand ils ne trouvent pas eux-mêmes le filon, ils arrivent en hâte pour le travailler, puis ils en recherchent la continuation, les ramifications diverses. Beaucoup de Français se sont distingués dans ces œuvres difficiles, hardies, aventureuses, plus que chanceuses; très peu ont réussi à y faire fortune, car la poursuite des mines est un jeu, et l’on cite les heureux gagnans.

Le filon de Comstock découvert, il fallait en assurer l’exploitation immédiate. D’après les règles en usage chez les mineurs de Californie, qui eux-mêmes les ont reçues des Hispano-Américains, il fut convenu, dès le premier jour, que chacun pourrait s’approprier à la surface 200 pieds linéaires de filon, avec une étendue indéfinie en profondeur, en conservant souterrainement cette même largeur de 200 pieds. Ces premiers daims ou locations, comme on les appelle encore, transférés plus tard à des compagnies, donnèrent naissance aux riches exploitations connues aujourd’hui sous le nom d’Ophir, Mexican, Gould-and-Curry, Savage, Hall-and-Norcross, Impérial, Yellow-Jacket, Crown-Point, etc. Pendant ce temps, les villes de Virginia-City et Gold-Hill, qui n’en font plus qu’une, sortaient de terre comme par enchantement, la première ainsi appelée du sobriquet d’un mineur virginien, James Fennimore, ou par abréviation Finney, que ses camarades avaient surnommé, en souvenir de l’état