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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/947

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LES
MINES D’ARGENT
DU NEVADA
SOUVENIRS DE VOYAGES DANS LES ETATS DU PACIFIQUE

Un jour du mois de juin 1859, deux mineurs irlandais, en fouillant un placer aurifère au-delà de la Sierra-Nevada de Californie, trouvèrent par hasard sur ce placer, que depuis dix ans on exploitait sans grand profit, un minerai d’argent. La richesse de cette mine inattendue fut dès le début extraordinaire. On l’appela d’abord la « mine de Washoe, » du nom d’un lac qui se trouvait dans le voisinage. A vrai dire, cette localité n’avait pas encore de nom, aucune ville n’y existait, et le territoire était celui d’Utah, occupé par les mormons; mais ceux-ci vivaient au bord du grand Lac-Salé, à quelques centaines de lieues plus à l’est. Des tribus errantes d’Indiens, des bandes nomades, appartenant aux nations des Pah-Yutes, des Bannocks et des Serpens, parcouraient seules ces régions en toute liberté. Les pionniers y étaient pour la première fois apparus en 1849, alors qu’une troupe d’orpailleurs californiens, mécontens du résultat de leurs recherches dans le pays de l’Eldorado et amoureux de l’inconnu, franchirent résolument les remparts de la sierra et vinrent planter leurs tentes autour des ravins tributaires de la rivière Carson. Jusque-là les blancs, se bornant au rôle d’explorateurs ou de trappeurs, ne s’étaient montrés dans ces parages qu’isolément et à de très rares intervalles.

La nouvelle de la découverte de la riche mine de Washoe se répandit bien vite en Californie, et y causa une émotion universelle. On avait expédié à San-Francisco, à travers des sentiers de mules, longs et périlleux, plusieurs milliers de kilogrammes du précieux