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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/94

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américaines. William Penn, avant de fonder la Pensylvanie avec ses quakers, paya aux Delawares la partie de leur territoire qu’il allait coloniser. Précédemment l’île de Manhattan, où est bâti New-York, avait de même été payée aux possesseurs naturels, les Mohicans, par les colons hollandais. Les premiers actes constitutionnels de la république américaine s’empressèrent aussi de constater les droits primitifs des Indiens, et Washington fut sur ce point fort explicite. Nous avons fait voir comment l’expropriation du Peau-Rouge était en quelque sorte dictée par des raisons d’utilité publique. La politique américaine a toujours tendu à refouler les Indiens dans des réserves ou cantonnemens, des enclaves soigneusement délimitées, pour livrer à l’agriculture, à l’industrie, le territoire trop étendu que les sauvages ne conservaient que pour la chasse.

Les affaires indiennes comprennent une des principales divisions du département de l’intérieur à Washington, et ce bureau a des ramifications dans toute l’Union, par le moyen de surintendances et d’agences. Il est largement doté, car il doit pourvoir au maintien d’environ 300,000 Peaux-Rouges. Il est vrai que ceux-ci donnent leurs terres en retour. On leur paie ces terres par des cadeaux, de l’argent, des fournitures de vivres, d’habits, des munitions, on leur envoie dans leurs réserves des cultivateurs, des minotiers, des forgerons, des maîtres d’école, des médecins, des missionnaires, pour leur apprendre à bêcher le sol, à moudre le grain, à travailler le fer, pour former leur esprit, soigner leur corps et leur âme; mais ce n’est pas là malheureusement leur souci, et la moindre chasse au bison, à l’antilope dans les grandes plaines, dans le pays des hautes herbes, ferait bien mieux leur affaire. Trouvés hors de leurs réserves et mettant en danger la paix et la vie des blancs, les Indiens sont punis ; en revanche, il est défendu aux blancs d’entrer dans les réserves indiennes et de s’y établir. Le Peau-Rouge y cultive le sol, s’il lui plaît, et peut y chasser, y errer à son gré du matin au soir. Ces réserves ont été toujours choisies de manière qu’elles soient assez isolées des dernières habitations des blancs et qu’elles aient à leur portée l’eau courante et des pâturages naturels. Parfois les animaux sauvages, le bison, l’antilope, le castor, l’élan, l’ours, y sont encore en quantité, et cela permet au Peau-Rouge d’y installer avec avantage des champs de chasse et d’y tendre ses trappes. Dans quelques réserves abondent aussi les bois et les terres d’alluvion, mais le sauvage ne veut rien entendre à l’art du forestier ni de l’agriculteur. Aujourd’hui la plupart des difficultés qui surgissent entre les blancs et les Indiens viennent à propos de ces cantonnemens, dont les limites ne sont pas toujours bien marquées, et que les blancs envahissent volontiers, souvent sous le plus futile pré-