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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/939

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causes, et qu’on remonte sans effort à la source des bienfaits dont la marine doit recueillir les fruits. Nos pères ne pouvaient pas sentir si bien que nous les effets continus d’une bonne économie : il est dans la nature humaine de s’arrêter d’abord à ce qui frappe les yeux. Dès le principe, on n’a considéré de la navigation que le navire, qui en est le signe visible. Plus tard on s’est aperçu de la cargaison, qui en est la raison suffisante, et sur cette découverte, on s’est empressé de faire des lois qui réservaient toutes les marchandises à certains navires; puis on a songé tout d’un coup que la cargaison représentait seulement les échanges, et l’on a vaqué aux intérêts du commerce. A son tour, le commerce n’est qu’un intermédiaire qui prend d’une main et qui donne de l’autre : on a donc remonté jusqu’à l’industrie. Cette industrie elle-même aurait-elle besoin de la mer, si elle n’employait des produits exotiques? Dès lors on a cimenté l’union des colonies et de la métropole ; enfin les colonies ne sont pas la raison dernière : elles n’ont été utiles à la marine qu’en donnant des relations lointaines. Il a paru juste de s’attacher surtout aux relations en ôtant peu à peu ce que le régime, avait d’odieux. Ces relations, le temps n’est pas éloigné où l’on s’avisera d’en changer le caractère en faisant de la paix et de la civilisation le but même de la conquête. Ainsi chaque époque a ses moyens et ses découvertes. Nos ancêtres devaient d’abord étudier la forme du navire et courir toutes les mers, leurs successeurs hasarder le premier commerce et fonder des colonies, puis les fils de ces aventuriers commencer l’industrie et les grandes relations. Quel contre-sens de vouloir employer des remèdes dignes d’une autre époque, et de s’attarder aux causes secondes, quand on a les premières sous la main ! Non-seulement les vues s’étendent, mais la politique change. Un ministre courtisan, eût-il du génie, travaille surtout à la grandeur de son roi, et fait une marine pour l’éclat d’une cour ou pour les besoins de la guerre. L’intérêt populaire inspire d’autres vues et construit d’autres vaisseaux. On peut donc s’étonner d’entendre attester sans cesse des ordonnances qui ont deux siècles. Aujourd’hui encore, quand un Français désintéressé daigne considérer le commerce ou la marine de son pays, il rougirait de gagner petit à petit quelques minces concessions sur la résistance des intérêts. Il veut être un bienfaiteur à la façon de Colbert ou de Seignelay. A défaut des hommages d’une cour, il espère au moins être loué dans les journaux. Il y a de l’honneur à faire un traité et à dire : « Notre politique assure à la France tout le commerce entre la Suisse et les États-Unis. » Au contraire, quelle gloire peut-on tirer de cette nouvelle : « Le gouvernement vient de s’entendre avec la compagnie de Lyon pour abaisser de 2 centimes le transport des