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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/818

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LES
CIMETIERES DE PARIS


LES SERVICES FUNEBRES.

Au cours de ces études, nous avons eu souvent occasion de faire remarquer la diversité des usages adoptés par les différentes classes du peuple parisien; cette diversité, nous la retrouvons jusque dans les choses de la mort. Lorsqu’une personne est décédée à Paris, on envoie à ses amis une lettre d’invitation pour les prier d’assister à son convoi; quelque temps après, on expédie des lettres de faire part à toutes ses connaissances pour leur donner avis de sa mort. A la seule inspection d’une lettre d’invitation annonçant le décès d’un homme marié, on peut reconnaître à quelle catégorie sociale il appartenait. Parmi les gens qui s’appellent exclusivement la bonne compagnie et restent enfermés dans les coutumes léguées par l’ancienne noblesse, la veuve n’invite jamais, car elle est censée dans les six semaines de retraite qui doivent inaugurer son deuil; dans la bourgeoisie au contraire et parmi les artisans, la veuve invite toujours, tenant à faire acte de présence au moment où elle perd celui dont elle a porté le nom et à constater ainsi que le lien qui l’unissait à lui était public et légitime, — nuance peu importante en elle-même, mais qui dénonce cependant des divergences profondes entre les divers groupes dont se compose notre société. Jadis c’était plus simple : on faisait « le cry des corps. » A toute heure du jour ou de nuit, « les crieurs-jurés » s’en allaient par les rues, agitant leurs clochettes :

Réveillez-vous, gens qui dormez,
Priez Dieu pour les trépassés!


Ils glapissaient le nom du mort, le lieu du décès, l’heure des funérailles.