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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/81

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Le président de la réunion, M. Peter Cooper, parla après les sachems. Les docteurs ou révérends Crosby, Washburne, Bellows, le Juge Daly, enfin un voyageur qui revenait des prairies, prirent aussi tour à tour la parole. Un même esprit de fraternité animait tous les orateurs. « Nous ne voulons pas la guerre et l’extermination, nous demandons l’alliance et la paix, » s’écria le docteur Washburne. « Le chemin de fer du Pacifique n’est pas votre ennemi, c’est votre ami, puisqu’il vous apporte rapidement des secours et des vivres, » dit de son côté le docteur Bellows aux Indiens. Avant de clore la séance, M. Cooper annonça que le gouvernement accordait enfin à la Nuée-Rouge les dix-sept chevaux qu’il avait demandés pour lui et son état-major. L’assemblée applaudit, et la Nuée-Rouge dit que cette nouvelle « lui rendait le cœur tout joyeux. »

La conférence fut bonne pour tous. Le public, en se retirant, fit entendre à plusieurs reprises les cris accoutumés : hip, hip, hip, hourrah ! jetés en faveur des Indiens; il n’y a pas sans cela de vrai meeting en Amérique. La foule se pressa, même sur l’estrade pour voir « les diables rouges » de plus près, et l’on faillit un moment s’étouffer. En sortant, je rencontrai M. Beauvais, qui me recueillit dans sa voiture; les Indiens suivaient dans deux omnibus de l’hôtel Saint-Nicolas. « Ils garderont longtemps le souvenir de cette séance, me dit mon compagnon; jamais ils n’avaient vu autant de monde réuni pour les entendre, et surtout des gens si bien disposés pour eux. »


II.

La conférence dont on vient de retracer les principaux traits ressemble à toutes les conférences d’Indiens. Que ce soit à la Maison-Blanche devant le président des États-Unis, ou dans les salles du département de l’intérieur devant le ministre et le commissaire des affaires indiennes, au Cooper-Institute devant la foule, ou dans les prairies en présence des généraux de l’armée fédérale et des commissaires de paix, ces réunions se tiennent presque toujours de même façon. Quand il s’agit d’une assemblée officielle, le sachem qui doit parler se lève, serre la main aux personnages groupés en rond autour de lui, allume le calumet, en tire une bouffée, et le passe à chacun : « Père, fume et écoute ce que je vais te dire; » puis il vient prendre sa place au milieu du cercle et fait son discours. Les Germains de Tacite tenaient ainsi leurs parlemens en plein air, sauf la cérémonie du calumet. Depuis le temps des premières colonies anglaises, la formule des palabres d’Indiens n’a pas varié. C’est de la sorte qu’il fut préludé au traité signé par Penn avec les sauvages