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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/802

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affirmative, pourquoi ne viendrais-tu pas la monter? Depuis environ quinze jours et avant qu’il parût en avoir le droit, le lion, je veux dire le choléra, est rentré dans son antre, de sorte que la température est devenue fort douce et extrêmement agréable... » Et comme s’il voulait, en faisant bon marché de sa propre énergie, mettre son ami en demeure de lui fournir un utile exemple, il ajoutait : « Si l’on avait un peu de cœur, on travaillerait ferme; mais la passion est éteinte, mon travail n’est plus que manuel, et la langueur s’ensuit... Si tu étais là, j’aurais recours à toi, toi l’homme du désespoir pour ton compte, mais qui dans l’occasion sais bien aussi remonter tes amis. »

Baltard avait beau dire, cette langueur dont il s’accusait engourdissait si peu son esprit et sa main, qu’il trouvait le temps d’ajouter à ses travaux réglementaires de nombreuses études destinées soit à lui servir de documens ou de modèles pour les monumens qu’il serait dans le cours de sa vie appelé à construire, soit à être reproduites par la gravure et publiées en corps d’ouvrage. Pendant cette même année 1837, la quatrième du temps de sa pension, nous le voyons mener à fin, pour son envoi, la Restauration en dix feuilles du théâtre et du portique de Pompée, conservée aujourd’hui à l’École des Beaux-Arts, — exécuter une suite de dessins d’après les encadremens des loges de Raphaël qui, sept ans plus tard, sera exposée au Salon, — enfin relever, mesurer, dessiner d’un bout à l’autre cette villa Médicis dont il publiera en 1847 la monographie en dix-huit planches, accompagnée d’une notice historique très instructive et très complète. Viennent les derniers mois de son séjour à Rome, et Baltard redoublera d’activité non-seulement pour terminer dans le délai voulu son envoi final (un projet de Conservatoire de musique), mais pour s’approvisionner, en vue de l’avenir, de tous les renseignemens que pourront lui fournir les grands monumens de l’antiquité et de la renaissance, pour recueillir, depuis les plus importans jusqu’aux moindres, tous les témoignages de l’art d’une époque ou d’une école.

Telles étaient d’ailleurs en toute occasion sa manière de procéder et sa coutume. Là où d’autres se seraient contentés d’un coup d’œil jeté en passant sur quelque débris plus ou moins curieux, il s’arrêtait assez longtemps pour l’étudier sous chacun de ses aspects, pour en reproduire toutes les faces; là où ils n’eussent trouvé matière qu’à un croquis, il ne quittait la place qu’après en avoir fait trois ou+quatre, comme dans ses recherches d’ensemble sur des monumens d’un certain ordre, sur ce qui a survécu des spécimens d’une architecture donnée, il arrivait à découvrir et à s’approprier avec le crayon plus de documens que n’auraient pu le prévoir les plus intéressés même ou les mieux informés.