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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/798

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de se cantonner si bien dans l’exercice de son art professionnel qu’il refusât de se rendre familière la connaissance, la pratique même de l’art du peintre ou du graveur; comme, sans suivre à la lettre toutes les traditions de rigorisme qui lui avaient été léguées, il s’en appropria l’esprit de manière à concilier avec un emploi honorable de la fortune acquise la fidélité personnelle aux coutumes de la simplicité.

Et cependant, si modestes que fussent ses habitudes pour tout ce qui n’était que question de forme et d’extérieur, Baltard, quant au fond des choses, n’était pas d’humeur à faire bon marché de ses idées. Les opinions qu’il avait une fois conçues, les privilèges qu’il estimait appartenir à lui-même ou à ses confrères, il entendait bien n’en rien abandonner, n’en rien rabattre. Confondant même parfois la cause de quelques-uns avec les intérêts généraux de l’art et son dévoûment pour les gens avec son zèle pour les principes, jaloux jusqu’au préjugé des prérogatives attachées au titre d’architecte, il apportait dans la défense de ce qu’il croyait un droit social ou une vérité esthétique une énergie qui n’avait d’égale que son intraitable confiance en ses amis. C’était de la meilleure foi du monde qu’il regardait ceux-ci comme à peu près infaillibles et que, le cas échéant, il prêtait appui même à leurs erreurs; c’était avec la même conviction ingénue que dans la discussion il se refusait à rien céder de ses idées ou de ses théories, quelque arbitraires ou, à certains égards, quelque hasardées qu’elles fussent. On peut dire de lui ce que Joubert disait de lui-même : en matière d’affection comme dans la spéculation pure, il avait le « cœur têtu, » et, si plus d’une fois il lui est arrivé par là d’étonner quelque peu ses adversaires, jamais du moins il ne leur a fourni un prétexte pour mettre en doute la loyauté de ses résistances et la sincérité parfaite de son obstination. — Mais revenons au temps où la partialité de Baltard ne témoigne encore chez lui que de la docilité filiale et où ses efforts n’ont d’autre objet que le progrès dans les études préparatoires, d’autre récompense que les premiers succès d’atelier.

On a vu qu’une part principale dans l’éducation du jeune artiste revient à celui qui, par ses leçons familières et surtout par les exemples de sa vie, avait su lui inspirer en même temps que la passion du beau le respect du devoir en toutes choses. Victor Baltard néanmoins n’eut pas son père pour unique maître. Sans parler de ses études classiques au lycée Henri IV, celles qu’il fit sous la direction de Percier pendant les années qui précédèrent son admission au concours pour le prix de Rome, l’apprentissage de la peinture commencé par lui dans l’atelier de Lethière, continué dans les galeries du Louvre et mené de front avec les travaux de sa profession spéciale, enfin les cours scientifiques ou littéraires du Collège de France