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LES PROGRES
DE
L’INSTRUCTION EN RUSSIE

I. Plan général pour l’organisation des études populaires, publié sur l’ordre de l’empereur, par M. P. de Taneef, 1862. — II. Polozenie o natschalnykh narodnych ulschilischtchakh (Règlement général des écoles populaires, préparé par le ministre de l’instruction publique, prince Paul Gagarin ). — III. Rapport du ministre de l’instruction publique, comte Dimitri Tolstoï, à l’empereur, 1872 et 1873.

La Russie montre depuis vingt ans comment un grand état peut se relever d’une défaite. Comme la Prusse après Iéna, elle a compris la dure leçon des champs de bataille. Elle se recueillait, disait-on ; — oui, mais ce temps de recueillement n’a pas été perdu dans l’inertie ou dans des tâtonnemens stériles; ç’a été au contraire une période de réformes radicales et de rénovation complète. En 1854, la Russie n’avait pas été réellement vaincue, puisqu’après deux années d’efforts gigantesques les alliés n’étaient parvenus à lui enlever qu’une seule ville, située à l’extrémité de son territoire. Ses frontières n’étaient pour ainsi dire pas entamées, car l’ennemi ne songeait même pas à conduire ses armées au cœur du pays. L’empire néanmoins était épuisé; il fit la paix, faute de ressources pour continuer la guerre. Le gouvernement russe se rendit parfaitement compte des causes principales de sa faiblesse. Ces causes étaient au nombre de trois : d’abord le manque de voies de communication rapides, — en second lieu, le développement insuffisant des forces productives du pays, — en troisième lieu, le défaut de lumières et d’initiative