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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/764

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les règles du droit commun applicables à toutes les associations. » On ne pouvait rien proposer de plus sage et de plus libéral. Le grand-conseil n’en vota pas moins la loi proposée et se refusa, à la majorité de 3 voix, à soumettre la législation nouvelle au vote du peuple, bien que la constitution porte que la confirmation d’un plébiscite est nécessaire pour tout ce qui touche aux lois fondamentales de l’organisation ecclésiastique.

Les adversaires de la loi tentèrent alors de profiter de l’article de la constitution qui exige que celle-ci soit soumise à une révision sur la réclamation de 3,000 citoyens, un vaste pétitionnement s’organisa en faveur de la séparation de l’église et de l’état. Le nombre des voix nécessaires fut de beaucoup dépassé, la révision constitutionnelle sur le point indiqué par les pétitionnaires fut soumise au peuple neuchatelois le 14 septembre 1873, et, sur 14,000 votans, le parti gouvernemental n’obtint que 16 voix de majorité. Il s’en contenta, et la nouvelle organisation fut proclamée sans délai, non sans donner lieu à une scission importante, car plus d’une moitié de l’église nationale se constitua en église indépendante, et jeta les bases d’une organisation libérale et chrétienne dans un synode tenu à Neuchatel en novembre 1873.


IV.

La crise ecclésiastique, de cantonale, devait nécessairement devenir fédérale, non-seulement par suite des appels multipliés qui avaient été portés à Berne, mais encore par la nature et la gravité des questions qu’elle soulevait. Une commission nommée par le conseil national et le conseil des états travaillait assidûment depuis plusieurs mois à ce projet de révision de la constitution. La date assignée au débat était le mois de novembre 1872. La proximité d’une discussion si importante contribuait à surexciter les esprits. L’automne se passa en conférences et en assemblées populaires. Les vieux-catholiques réunis à Olten au mois d’août 1873 esquissèrent un projet d’organisation qui devait relier plus tard les unes aux autres leurs communautés, en attendant qu’ils eussent leur évêque. Les assemblées populaires tenues par les ultramontains furent très violentes; le fanatisme s’y donna pleine carrière. Les pèlerinages qui faisaient tant de bruit en France s’en mêlèrent; M. Mermillod fit entendre un langage bien fait pour irriter ses adversaires dans un pèlerinage qui eut lieu en Savoie, aux confins de la Suisse française. De grandes foules se réunirent à Saint-Maurice, dans le Valais, au pied des rochers pittoresques qui dominent le Rhône. La messe fut célébrée