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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/72

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LES
DERNIERS PEAUX-ROUGES
SOUVENIRS DE VOYAGES DANS L’AMERIQUE DU NORD.

Dans le courant du mois de juin 1870, j’étais à New-York. Les grands chefs sioux, dont j’avais trois ans auparavant rencontré les bandes nomades dans les prairies, au pied des Montagnes-Rocheuses, alors que j’accompagnais la commission de paix chargée de traiter avec les Indiens, se trouvaient également dans la métropole de l’Union. Ils venaient de Washington, où ils avaient rendu visite à « leur grand-père, » le président des États-Unis, et lui avaient exposé dans de beaux discours leurs griefs contre « leurs frères blancs. » Le général Grant avait prêté l’oreille à leurs doléances, avait fumé le calumet avec eux, leur avait fait cadeau de pipes en écume de mer, de boîtes d’allumettes en argent, de paquets de tabac; il leur avait même donné une soirée à la Maison-Blanche, et l’on y avait servi des sorbets aux sauvages, qui eussent préféré du rhum ou du whisky.

Sitegaleshka ou la Queue-Bariolée, chef de la bande des Brûlés, Makhpiatluta ou la Nuée-Rouge, de la bande des Ogalalas, étaient les deux grands sachems qui venaient d’arriver à New-York avec leurs braves ou lieutenans. En 1867, ils avaient brutalement refusé de se rendre au fort Laramie pour traiter avec les commissaires de paix; maintenant, devenus plus humbles, plus soumis, ils avaient, en consentant à faire le long et pénible voyage de Washington, rendu hommage au chef de l’Union, et s’étaient en quelque sorte déclarés ses fidèles vassaux. Avant de rentrer dans les prairies, d’aller revivre sous la tente et chasser le bison, ils venaient visiter « la cité impériale, » Le général Smith, MM. Beauvais et Bullock,