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Page:Revue des Deux Mondes - 1874 - tome 2.djvu/713

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à ses débuts, celui d’être la voie directe qui conduisait de Vienne par Prague à la frontière saxonne et de servir au transit vers la Prusse, l’Allemagne et la France; mais les progrès de la prospérité locale ont été tels qu’en dépit des concurrences, de la construction de nouvelles lignes, les produits du trafic ont atteint des chiffres égaux ou supérieurs à ceux des pays les plus favorisés. L’Elbe, que le chemin de l’état côtoie avant d’atteindre cette riante Suisse saxonne, est un des grands cours d’eau en Europe, comme le Rhin, le Mein et l’Oder, qui sur les deux rives possèdent une double voie ferrée. Le chemin du nord-ouest est établi tout à fait sur les bords du fleuve, concurremment à la ligne de la Société autrichienne. Le François-Joseph, qui de Vienne se dirige d’abord à l’ouest vers le sud de la Bohême, remonte par un embranchement vers le nord et aboutit ainsi doublement à Prague. Entre cette ville et Vienne, où il n’en existait qu’un en 1854, on trouve en 1873 cinq accès par chemins de fer. La Bohême est maintenant, si on les compare par unité de surface, sillonnée de plus de voies ferrées que la France, et occupe dans la statistique européenne, par rapport à l’étendue du territoire et à la population, le quatrième rang, au point de vue de ces voies de communications : tandis que la Hongrie, avec peu de routes de terre et un nombre restreint de cours d’eau navigables, doit aux chemins de fer presque exclusivement ses relations, la Bohème est pourvue d’un réseau de routes et de chemins vicinaux dont la Belgique offre seule le pareil. Aussi l’on peut dire que l’augmentation du trafic de la Staats-Bahn en Hongrie présente l’image exacte du développement de la richesse publique, mais que l’augmentation de ce même trafic sur les lignes de Bohême ne donne pas une juste idée de l’accroissement de la prospérité générale. La Société autrichienne a fait dresser une carte où l’on voit groupés autour des chemins de fer nouvellement créés tous les établissemens industriels qu’ils ont suscités. C’est une véritable fourmilière humaine : du côté de la Saxe, les grandes usines de produits céramiques, chimiques, les verreries, les mines de charbon, — du côté de la Silésie, les filatures et surtout ces sucreries dont 230 ont été ouvertes sur la seule ligne de Moravie, et qui offrent cette particularité d’être des entreprises communes aux habitans d’une localité où chacun apporte ses produits et a sa part de propriété. Dans les montagnes du nord-est de la Bohême, où s’est réfugiée l’industrie du tissage, les métiers les plus perfectionnés se trouvent dans les plus modestes habitations jusqu’à une hauteur où l’hiver semble devoir arrêter toute communication : l’instruction populaire y est répandue à un degré que nulle part encore on n’a dépassé. Ces provinces, par lesquelles l’invasion prussienne a pénétré en 1866, semblent vraiment posséder la plus grande somme de biens qu’il soit possible d’assurer à une population.